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Le blog d'Odile Plan

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 09:56

Opération "Plantons dans nos communes" en Porte du Hainaut – Nord -59-

En quatre ans, la communauté d’agglomération de la Porte du Hainaut a contribué à la plantation de plus de 30.000 arbres sur des parcelles communales, avec un partenariat fort du parc naturel régional Scarpe-Escaut et des espaces naturels régionaux. Elle bénéficie pour cela d’un financement du conseil général. Elle apporte également aux municipalités formations et suivi technique.

Bien que la forêt domaniale de Saint-Amand-les-Eaux–Raismes – Wallers soit sur son territoire, la communauté d’agglomération de la Porte du Hainaut (Nord, 6 communes, 159.000 habitants) fait partie de la région la moins boisée de France : 9% de son territoire contre 25% en moyenne en France. Après le succès de l’opération "Plantons 5.000 arbres" qu’elle avait menée en 2011 dans le cadre de l’année internationale de la forêt, la Porte du Hainaut a décidé de renouveler chaque année l’initiative à l’échelle des communes membres, via l’opération "Plantons dans nos communes".

Ainsi un partenariat a été mis en place avec le conseil général du Nord dans le cadre de sa politique sur le "continuum boisé" : les opérations financées portent sur des éléments structurants tels que les vergers, les haies bocagères et les alignements d’arbres. L’initiative a permis de planter plus de 30.000 arbres en quatre ans, impliquant 25 à 30 communes chaque année. Retour sur les conditions de réussite d’une telle démarche.

   Appel à projets annuel, expertise PNR, espaces naturels régionaux, commande groupée

Le principe est simple. La communauté d’agglomération de la Porte du Hainaut lance chaque année un appel à projets. Les communes intéressées y répondent en précisant la ou les parcelles communales concernées par la plantation, le type d’essences souhaité, l’intérêt du projet. Les dossiers sont étudiés par La Porte du Hainaut, accompagnée par l’expertise du parc naturel régional Scarpe-Escaut et des espaces naturels régionaux (ENRx). Ceci permet notamment de vérifier que ces projets communaux sont compatibles avec le schéma de la trame verte et bleue en cours de constitution et les autres politiques communautaires en lien avec le développement durable. Une visite de terrain est effectuée pour valider le projet et conseiller techniquement la commune.

Les végétaux, d’essences locales - arbres, arbustes et fruitiers comme le charme, le hêtre, le tilleul, le fusain d’Europe … ainsi que pommiers et poirier régionaux sont fournis par deux pépiniéristes qui ont été sélectionnés après un marché lancé par les ENRx. Les essences choisies demandent généralement peu d’entretien et sont utiles pour abriter une faune et une flore variées, piéger le gaz carbonique, susciter des actions collectives. La Porte du Hainaut regroupe les commandes et finance l’achat des plants. Elle bénéficie pour cela d’une subvention du conseil général.

     Sensibilisation des habitants, formation et suivi des communes

Chaque année en novembre, à l’occasion de la livraison des plants, la Porte du Hainaut convie à une rencontre les élus des communes concernées par la commande groupée. Charge ensuite aux communes de s’organiser pour les plantations. Des actions de sensibilisation auprès des habitants accompagnent cette démarche : que ce soit à l’initiative de communes qui organisent des "plantations scolaires" ou "éco-citoyennes", ou de la Porte du Hainaut qui relaie sur son territoire le "festival de l’arbre" orchestré au niveau régional

Pour améliorer les pratiques et la gestion de ces plantations, la communauté d'agglomération conduit des formations à destination du personnel communal. "Ces formations et les contacts réguliers avec les collectivités et leur personnel sont indispensables pour mener ce type d’opération, explique le chargé de mission biodiversité à la Porte du Hainaut, Géry Quinchon. Le défi maintenant est de suivre dans le temps le bon entretien de ces plantations, via des visites et de nouvelles formations adaptées."

Objectif d’ici 2020 : planter 100.000 arbres

Édition 2014 : 29 communes ont commandé 7.608 plants financés par la CAPH (30.700,70 euros) et le conseil général.

Édition 2013 : 30 communes ont commandé 7.766 plants financés par la CAPH (25.656,85 euros) et le conseil général.

Édition 2012 : 25 communes ont commandé 6 352 plants financés par la CAPH (25.000 euros) et le conseil général (16.090,40 euros).

Édition 2011 : 26 communes ont commandé 8 467 plants financés par la CAPH (26.900 euros) et le conseil général (16.143,58 euros).

Lucile Vilboux/magazine Village-L’Acteur Rural pour la rubrique Expériences des sites www.mairieconseils.net et www.localtis.info

Publié le 9 mars 2015 par Mairie conseil

http://www.mairieconseils.net/cs/ContentServer?pagename=Mairie-conseils/MCExperience/Experience&cid=1250268465110

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15 mai 2014 4 15 /05 /mai /2014 09:08
Rencontres Nationales de RENETA, autour de la thématique « La contribution des espaces-test agricoles au renouvellement de l'agriculture sur les territoires ruraux et périurbains »

18, 19 et 20 juin 2014 à Nantes

Le Réseau National des Espaces-Test Agricoles et la Coopérative d'Installation en Agriculture Paysanne (CIAP) coorganisent les 18, 19 et 20 juin prochain, à Nantes, les Rencontres Nationales de RENETA, autour de la thématique « La contribution des espaces-test agricoles au renouvellement de l'agriculture sur les territoires ruraux et périurbains ».

Les rencontres nationales sont un temps de travail et d’échanges particulièrement important pour les membres de RENETA. Elles sont également un moment unique de partage avec ses différents partenaires (institutionnels, associatifs, financiers, universitaires…) et avec tous les acteurs qui s’intéressent au dispositif « espace-test agricole ». Ces rencontres sont l’occasion de présenter le dispositif, ses évolutions, les avancées actuelles et les travaux menés par le réseau. Les 18 et 20 juin étant réservés aux membres du réseau, vous êtes cordialement invités à participer à la journée du 19 juin 2014, ouverte à l’ensemble des partenaires.

Le pré-programme : http://village.tm.fr/acteur-rural/share/renata14.pdf

RENETA (Réseau National des Espaces-Test Agricoles),

Maison des Agriculteurs - Mas de Saporta - Bât. B - 34875 Lattes.

Courriel : contact@reneta.fr

Tél.: 04 67 06 23 66.

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 09:42

Démarche en faveur du développement agricole en pays Corbières & Minervois - Languedoc Rousillon -11 -

Profondément marqué par des vagues successives de déprises agricoles, tant pastorales que viticoles, le pays Corbières & Minervois met en œuvre un redéploiement des exploitations en lien avec ses partenaires. Le programme 2012-2014 cherche à améliorer les conditions d'installation d'agriculteurs mais aussi à accompagner la diversification et la transmission d'exploitations existantes.

Dans le pays Corbières & Minervois (67 communes, 2 communautés de communes, 38.562 habitants), le secteur agricole représente un emploi sur cinq, soit 2.000 exploitants agricoles dont 1.700 en viticulture. Cette filière, très fragilisée, ne cesse de perdre des emplois et 20% du vignoble ont été arrachés ces dernières années. Un constat alarmant qui mobilise le pays et tous les partenaires concernés. Pour dynamiser l’activité agricole par l’installation, la diversification et la transmission d'exploitations, tout en s'appliquant à créer des synergies locales et à structurer des filières porteuses, le pays privilégie deux modes d'intervention : l'accompagnement individualisé des porteurs de projets et l’appui aux actions collectives territorialisées.

     D’abord un diagnostic et la définition d’une stratégie

Parmi ses partenaires techniques, le pays s’appuie sur des partenaires techniques comme la chambre d'agriculture et l'association pour le développement de l’emploi agricole et rural de l’Aude (Adear 1). En 2012, un important travail de repérage a été conduit afin de définir des territoires prioritaires dans lesquels implanter de nouvelles exploitations. Ont été particulièrement ciblées : les terres irrigables sous-valorisées, les friches et garrigues à vocation pastorale ou encore les exploitations viticoles prêtes à la transmission. Une fois défini le programme de redéploiement 2012-2014, quatre réunions publiques ont été organisées dans différentes communes pour présenter le dispositif. Près de 80 personnes sont venues s’informer, faire part de leurs préoccupations sur les questions d’installations et discuter des actions prioritaires à inscrire au programme d’actions. Pour accompagner tous les porteurs de projet intéressés, et cela quels que soient leurs conditions d’âge ou de niveau de formation, le pays a mis en place un parcours de professionnalisation jalonné par des actions de formation spécifiques. Il relaie également auprès d’eux les informations sur les dispositifs d'aides mis en place par la région et par l'Europe.

     Créer une dynamique territoriale en mobilisant les partenaires

Au-delà de ces accompagnements individuels, le programme entend impliquer dans cette dynamique, à la fois les collectivités locales, particulièrement les communes, mais également les acteurs économiques (caves coopératives...) et les organisations professionnelles (syndicats, ASA, Cuma, …) comme les associations de développement du territoire. "Les relais locaux sont très importants, explique Anne Laurent, responsable du dispositif. Ils permettent de créer une émulation et une dynamique de développement sur laquelle s'appuient les porteurs de projets." A titre d'exemple, en 2012 le pays a établi des contacts avec les caves coopératives du territoire, afin de favoriser l'installation de nouveaux adhérents. L’étape suivante consiste à organiser le portage du foncier par ces coopératives, afin de prouver l’intérêt d’encadrer ces installations viticoles par des structures coopératives.
Autre alternative à la sortie de crise viticole : l'ouverture des friches viticoles aux filières d'élevage extensif, de moutons et chèvres pour l'essentiel. Dans ce but, des réunions d'information ont été organisées avec des maires qui souhaitent accueillir des éleveurs afin de favoriser l’entretien des prés communaux et redynamiser du village. Dans ce domaine du pastoralisme, reste en 2013 à lever les freins d'accès au foncier, les contraintes d’urbanisme et les réticences des autres usagers. A cette condition, le dispositif mis en place par le pays pourra permettre d’accompagner l’installation de trois éleveurs et consolider cinq installations récentes...
Les actions collectives visent également à valoriser l’agriculture de proximité en complément de la filière viticole. Ce qui suppose d'organiser des circuits courts, de transformer les produits agricoles sur place... En un mot de "mettre le pays dans notre assiette", résume la responsable du dispositif.

Luc Blanchard, Studio Graph, pour les sites www.mairieconseils.net et www.localtis.info

Contacts :

Pays Corbières & Minervois, Maison Gibert, 24 Bd Marx Dormoy
11200 Lézignan-Corbières, tél. : 04 68 27 88 10
Nombre de communes : 67 ; Nombre d'habitants : 38 562
Nom de la commune la plus peuplée : Lézignan-Corbières , 10 539 hab.

Barthez Gérard, Président ; Laurent Anne, Adjointe au responsable du développement.

Paru le lundi 15 avril 2013 dans la lettre 88 de Mairie Conseil

developpement@payscorbieresminervois.fr

http://www.mairieconseils.net/cs/ContentServer?pagename=Mairie-conseils/MCExperience/Experience&cid=1250264994289

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 09:25

Nicolas Bel, créateur de Topager: "il n'est pas d'innovation sans échec"

Dans une autre vie, il serait probablement peintre ou historien. Artiste contrarié, Nicolas Bel a trouvé dans l'agronomie un moyen de réconcilier science et créativité.

Après avoir créé, il y a un an, un potager expérimental sur les toits d'Agro Paris Tech, en partenariat avec l'Institut national de recherche agronomique (INRA) et le Muséum d'histoire naturelle, il a monté l'entreprise Topager pour développer l'agriculture périurbaine en reproduisant l'expérience au sommet des immeubles de bureaux ou d'habitations.

Il enseigne par ailleurs les sciences de l'ingénieur dans un lycée du Val-de-Marne.

     Nicolas Bel, comment jonglez-vous au quotidien entre vos activités de professeur, de jardinier et d'entrepreneur ?

Je mets à profit chaque minute de mon emploi du temps : je passe mes coups de fil pendant mes trajets à vélo, grignote sur mes loisirs, et ne dors que quatre à cinq heures par nuit... Cela me permet de me consacrer à l'essentiel : mes cours et le potager expérimental que j'ai aménagé, avec un ancien copain de promotion, sur les toits d'Agro Paris Tech, dans le 5e arrondissement de Paris.

Là-haut, je me sens comme un oiseau : je surplombe l'agitation de la ville avec une grisante sensation de liberté. J'élève des semis sous serre, je plante, j'arrose, j'éclaircis, puis je laisse la nature agir. En agronomie, il ne faut surtout pas chercher à tout contrôler. Parfois, j'essuie des revers, mais il n'est pas d'innovation sans échecs.

     Agrégé de mécanique, vous avez appris l'agronomie sur le tas. Cela a-t-il été un handicap ?

Il n'y a pas besoin d'être expert dans un domaine pour tenir un raisonnement scientifique... Un stagiaire m'a fait remarquer un jour que je voyais les écosystèmes comme des machines. Il n'avait pas tort.

Pour moi, un ver de terre, c'est une sorte de micro-usine qui creuse des galeries et produit de l'engrais. En France, on cherche toujours à ranger les gens dans des cases. Mais je ne réponds pas du tout aux canons du classicisme.

Après mes études à l'Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon, j'ai travaillé comme ingénieur chez un fabricant de machines agroalimentaires à Greenville, en Caroline du Sud (Etats-Unis), avant de devenir enseignant vacataire dans un lycée professionnel de la banlieue de Lyon, puis directeur des ressources humaines dans une entreprise de textile en Haïti.

Aujourd'hui, je cumule les casquettes de prof, d'entrepreneur, de jardinier et de chercheur. L'une de mes amies me qualifie de "slasher". Vous savez, cette génération d'actifs, adeptes du cumul d'emplois. Moi, je me vois simplement comme un créatif.

     Comment vous êtes-vous converti à l'agroécologie ?

En 2002, je suis parti en Haïti pour former des cadres de l'industrie. Je m'attendais à y trouver des terres fertiles et productives. J'ai découvert un semi-désert. La faute à une exploitation irraisonnée des ressources. Je me suis cependant bien gardé de jouer les moralisateurs. J'ai préféré m'investir dans l'écoconception et le biomimétisme, une approche qui consiste à imiter le vivant pour innover.

Les exemples ne manquent pas. En 1948, le Suisse George de Mestral s'est inspiré du fruit de la bardane, qui s'agrippe au poil des animaux, pour mettre au point le Velcro. J'ai suivi la même logique pour constituer le terreau de mon potager.

Dans un écosystème, tous les déchets sont des ressources. Je me suis servi des résidus organiques de la ville pour faire pousser mes tomates et mes salades.

     Ville et agriculture ne sont donc pas antinomiques ?

On l'oublie souvent, mais il y a encore un siècle, on cultivait beaucoup de légumes à Paris : le chou de Pontoise, le pissenlit de Montmagny, la chicorée frisée de Meaux... Peu à peu, l'urbanisation a dévoré toutes les terres agricoles. Cela n'a pas empêché les Parisiens de se remettre à cultiver les pelouses du Louvre en potagers en 1943 !

New York, Montréal, Le Caire..., de plus en plus de métropoles renouent aujourd'hui avec la terre. A Kinshasa, en République démocratique du Congo, 60% des légumes sont cultivés en ville. Pourquoi Paris continue-t-elle à importer des tomates d'Espagne ? Développer une agriculture périurbaine lui permettrait non seulement de commercialiser des produits 100 % locaux, mais aussi de valoriser ses déchets et de recréer du lien social.

     N'êtes-vous pas trop ambitieux ?

Au début, on me prenait pour un rigolo. Mais les résultats sont là. En une année, on a réussi à faire pousser plus de dix variétés de tomates, des salades, des fraises, des myrtilles, des framboises... Avec un PH et un taux de nutriment tout à fait satisfaisant.

Du coup, de plus en plus de chercheurs éminents s'intéressent à notre projet. Des particuliers commencent aussi à nous solliciter. J'espère que les portes vont continuer à s'ouvrir. Mon rêve ? Aider les architectes à concevoir les bâtiments eux-mêmes comme des écosystèmes.

Propos recueillis par Elodie Chermann

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– Management - 06.05.2013


Nicolas Bel

2013 Nicolas Bel crée la société Topager.

2012 Crée un potager expérimental sur les toits d'Agro Paris Tech.

2010 Enseigne les sciences de l'ingénieur au Lycée Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne).

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 11:00

Les alternatives aux pesticides se développent partout… sauf en France

En France, le développement des alternatives naturelles aux pesticides reste un parcours du combattant. La faute aux règlements européens, affirme le ministère de l’Agriculture. Les préparations à base de composants naturels s’échangent pourtant sans problème dans plusieurs pays européens. Enquête sur ces alternatives aux pesticides.

« Vous voyez cette préparation ? Elle est à base d’ortie et de luzerne et vise notamment à stimuler la croissance des végétaux, à renforcer les défenses et à repousser les pucerons. » Nous sommes près d’Estella en Navarre (Espagne), dans la ferme de Cruz García et de son fils Rubén. Ils ont créé une entreprise familiale qui élabore et vend des extraits de plantes, sans aucun type de conservateur ou d’additif. Ils combinent leurs préparations avec de la valériane, de la sauge, de la lavande, de la camomille, du mille-feuille ou de la consoude. Et n’hésitent pas à les goûter. « Il faut se rappeler que nous sommes faits d’eau et de plantes que nous mangeons », lance Cruz, un brin provocateur. Vous l’aurez compris : ici, point d’engrais chimiques et de cocktails de molécules toxiques allègrement produits par Monsanto, BASF, Bayer ou Syngenta.

La grande fierté de l’entreprise familiale est d’être parvenue à soigner par les plantes des vignes abîmées par la grêle, ou à épaissir et rendre plus vigoureux les sarments. Ce jour-là, ils s’apprêtent à expédier plusieurs dizaines de bidons à un grand viticulteur. « 90 % des produits que nous vendons sont à destination d’agriculteurs conventionnels, précise Rubén. Deux de leurs produits sont actuellement commercialisés en Espagne. Ils n’ont rencontré aucune difficulté avec l’administration pour mettre leurs produits sur le marché, assure Ruben. Ils ont simplement rempli un formulaire de demande, et fourni une étude sur l’efficacité de leurs préparations.

    Espagne-France : 1-0

En France, la réglementation est beaucoup plus complexe et coûteuse : la commercialisation de ces préparations requiert l’inscription de leurs substances actives sur une liste communautaire, au même titre que les produits chimiques. 40 000 euros, c’est le coût moyen pour le dépôt d’un dossier. Résultat : aucune « préparation naturelle peu préoccupante », c’est-à-dire à base de composant naturel n’est aujourd’hui reconnue et acceptée officiellement à la vente. « Hormis une recette officielle de purin d’ortie que nous qualifions, nous, de "piquette d’ortie" », souligne Jean-François Lyphout, « ortieculteur » et membre d’ Aspro-PNPP, une association qui promeut ces préparations. « Au lieu de faciliter les procédures, les textes réglementaires français créent un blocage évident, qui va à l’encontre de la demande des français de réduire au plus vite l’usage des pesticides », explique-t-il.

Qu’en disent les autorités gouvernementales espagnoles ? « Il y avait un vide juridique pour les fortifiants de plantes. Nous avons donc pris les dispositions nécessaires en créant un arrêté ministériel en 2007 prévoyant un régime simplifié de commercialisation », relate un fonctionnaire du ministère de l’Environnement. Le fort développement de l’agriculture biologique en Espagne a joué un rôle dans la mise en œuvre d’un cadre juridique spécifique. Mais, six ans après sa création, le registre espagnol compte seulement 19 fortifiants. Car l’administration a des difficultés à traiter l’avalanche de demandes. Rubén et Cruz n’ont toujours pas reçu de numéro de registre pour leurs produits, malgré des demandes remontant à 2007...

    Le modèle allemand

Un retard très critiqué par l'AEFA, une association de producteurs industriels de fortifiants. Elle milite pour que l’arrêté ministériel évolue afin d’éviter de se retrouver « avec des produits qui ne sont pas des fortifiants, commercialisés en totale liberté et sans le moindre contrôle », explique José Ignacio Castillo. « Nous avons découvert la loi de protection des végétaux en Allemagne qui distinguait les fortifiants, et avons décidé de la traduire en espagnol. Puis nous nous sommes rendus au ministère en disant que nous avions besoin d’un registre similaire à celui de l’Allemagne. »

Car à Berlin, les choses bougent. Pour se mettre en conformité avec un règlement européen de 2009 , l’Allemagne vient de réviser sa réglementation. « Nous sommes très heureux d’avoir pu conserver la catégorie des fortifiants, que nous pouvons utiliser en agriculture pour protéger les plantes », témoigne Stefan Kühne du JKI, un institut en charge de l’évaluation des fortifiants de plantes. La procédure d’inscription reste simple : un formulaire de notification à remettre à l’Office fédéral de la protection des consommateurs et de la sécurité alimentaire, avant la mise sur le marché. « Quant à la procédure d’enregistrement, elle demeurera accessible au plus nombre », assure Stefan. Le coût de l’examen général de la demande devrait avoisiner les 290 euros en Allemagne... contre 40 000 euros en France !

   Lobby de l’industrie chimique

Près de 500 produits étaient inscrits dans la catégorie des fortifiants en Allemagne. Avec la nouvelle loi, tous ces produits doivent être réévalués avant d’envisager une réinscription. Mais Stefan reste confiant. « Les préparations de plantes, qui représentaient 46 % des produits inscrits, devraient retrouver leur place ». En revanche, des produits comme la poudre de lait ou le vinaigre blanc pourraient être considérés comme des « phyopharmaceutiques », un qualificatif appliqué aux pesticides chimiques. Leur commercialisation s’avérera donc beaucoup plus coûteuse. Les autorités publiques allemandes pourraient être aussi beaucoup plus strictes avec les produits à base de micro-organismes, auparavant autorisés.

« Prenons l’exemple du compost du jardin qui recèle une grande diversité de micro-organismes. Beaucoup d’entre eux sont bénéfiques aux plantes, d’autres sont des pathogènes, et les autorités vont maintenant nous demander des millions d’euros pour les enregistrer », s’emporte Helmut Junge, responsable d’une petite entreprise allemande de biotechnologie. Depuis quelques années, il commercialise un produit à base de bactéries, qui colonisent les racines des plantes de façon à ce que les pathogènes ne puissent pas se développer. Avec la nouvelle réglementation, ce produit pourrait être exclu de la catégorie des fortifiants.« Cette situation est le résultat du lobby des grosses compagnies pour faire cesser l’activité des plus petites », confie-t-il. Pour le moment, la nouvelle liste allemande de fortifiants ne comprend que 46 produits, contre 500 auparavant.

    « Produits naturels alternatifs »

A Oberndorf, une petite ville autrichienne située dans la région de Salzburg, Helmut Rampler développe depuis 25 ans des « produits naturels alternatifs » pour la protection des plantes. Lui-aussi regarde avec attention la situation en Allemagne. Car les autorités autrichiennes suivront sans doute le cadre juridique allemand. L’un de ses produits, qui vise à régénérer les micro-organismes du sol pour revigorer les plantes, et ainsi réduire la consommation d’engrais artificiels et de produits phytosanitaires, est directement concerné. « Pour le moment, c’est surtout en France que les entreprises rencontrent des difficultés pour distribuer nos produits car il n’existe pas de catégorie pour les fortifiants. On doit choisir entre les pesticides et les fertilisants, et entre les deux il n’y a rien. »

Illustration de ces blocages : l’Institut technique de l’agriculture biologique travaille depuis 2008 sur des demandes d’homologation. En janvier 2013, aucun d’entre eux n’avait encore abouti. « Même des produits aussi anodins que le sucre, l’huile de colza ou le vinaigre restent en France bloqués sur une liste d’attente, témoigne Jean-François Lyphout de l’Aspro-PNPP. Les préparations naturelles peu préoccupantes répondent à la demande des agriculteurs, des jardiniers, des collectivités locales et d’un nombre croissant de consommateurs. Leur avenir dépend de la volonté politique de faire aboutir ce dossier ». Face à ce blocage, le commerce des pesticides illégaux s’envole. Au détriment de la santé publique.

Sophie Chapelle

Par Sophie Chapelle (20 mars 2013)

http://www.bastamag.net/article2988.html

@Sophie_Chapelle sur twitter

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 10:00

Représentativité dans l’agriculture

Les élections dans les Chambres d’agriculture donnent pour six ans le paysage syndical de la représentativité chez les chefs d’exploitation et les salariés de la production agricole. Pour la première fois, les représentants des chefs d’exploitation sont élus au suffrage direct sur des listes départementales. Il y avait une obligation de mixité dans les listes de candidatures. La participation est, pour tous les collèges, en forte baisse de l’ordre de 10 points et plus.

  

    Chefs d’exploitation Inscrits :

506 908. Participation : 54, 34 %.

Les résultats France entière (métropole + DOM) sont ici présentés en opérant des regroupements logiques suite aux listes communes ou séparées. L’ensemble FNSEA-Jeunes Agriculteurs confirme sa position majoritaire avec 55, 57 % des voix et demeure donc l’organisation dominante, en particulier dans les régions céréalières. Ses pertes dans les régions d’élevage profitent à l’abstention et aux deux autres organisations : la Coordination rurale (21,02 %) et la Confédération paysanne (19,74 %). La Coordination rurale gagne 2 points par rapport à 2007 devançant la Confédération paysanne. Elle progresse dans le Grand ouest, présidera, outre le Lot et Garonne et le Calvados, la Charente, tandis que la Confédération paysanne assumera avec elle le Puy de Dôme. Le MODEF stagne à 2%.

 

     Salariés de la production agricole Inscrits :

316 004. Participation (16,1 %).

Listes

Part des suffrages exprimés

CGT

34,61 % (38,6)

CFDT

23,14 % (27,9)

CGC

14,28 % (11,7)

CFTC

13,07 % (3,2)

FO

9,82 % (12)

UNSA

2,47 %(3,8)

Solidaires

0,21 %

Entre parenthèses les chiffres de 2007.

Cinq organisation font plus de 8% et sont donc représentatives dans cette branche. La CGT, comme dans les élections pour les salariés de TPE, est en tête avec plus de 10 points d’avance sur la CFDT, devançant elle-même de 10 points et plus les trois suivants. A noter la percée de la CFTC et de la CGC aux dépens des trois autres confédérations.
Les résultats seront pris en compte pour la représentativité nationale.

    

     Salariés des groupements professionnels agricoles

Inscrits : 320 329. Participation : 26,74 %.

Listes

Part des suffrages exprimés

CGT

17,65 % (20)

CFDT

34,65 % (33,8)

CGC

17,73 % (17,2)

CFTC

6,12 % (6,2)

FO

11,87 % (10,5)

UNSA

7,03 % (7,8)

Solidaires

3,36 %

Entre parenthèses les chiffres de 2007.

La CFDT domine dans un ensemble stable avec un léger effritement de la CGT.

    

     Ensemble des deux collèges salariés

Listes

Part des suffrages exprimés

CGT

24,81 % (26,8)

CFDT

31,58 % (31,44)

CGC

17,09 % (15,2)

CFTC

9, 01 % (5,1)

FO

11,54 % (11,1)

UNSA

5,53 % (6,4)

Entre parenthèses les chiffres de 2007.

Dans un paysage où la CFDT domine, la progression de la CFTC et de la CGC se fait aux dépens de la CGT et de l’UNSA.

On notera que l’ensemble des salariés de l’agriculture sont dorénavant plus nombreux que les agriculteurs : 636 000 salariés contre 507 000 exploitants agricoles.

Les résultats par département sont publiés par : www. agriculture.gouv.fr

mis en ligne au 07/03/2013 dans Clés du Social

http://www.clesdusocial.com/representativite/representativite-dans-l-agriculture.htm

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 09:11

"Votre vision de la campagne" : une grande enquête de l'Acteur Rural,

à l'occasion des 20 ans de la société

A l’occasion de nos 20 ans, nous vous donnons la possibilité de vous exprimer sur votre vision de la campagne.

En répondant au questionnaire, vous ouvrirez une fenêtre unique sur la façon dont sont perçues et espérées les ruralités d’hier et de demain.

Une analyse complète et détaillée sera réalisée par des spécialistes le vendredi 24 mai au cours de la grande journée des 20 ans de Village organisée dans l’Orne*. Un compte rendu écrit sera bien entendu publié dans le magazine.

Merci de remplir le questionnaire (à télécharger en cliquant ici : http://www.village.tm.fr/stock_images/actus/n3/Questionnaire.pdf) et de le retourner par voie postale à :

L’Esprit Village, Enquête 20 ans, la Caillère 61100 La Carneille,

ou par courriel à village20ans@e-nautia.com.

 

Paru dans l’acteur rural du 20 février 2013

http://village.tm.fr/acteur-rural/?2013/03/31/2309-votre-vision-de-la-campagne

 

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2 mars 2013 6 02 /03 /mars /2013 09:45

Geneviève et Sylvie ont inventé pour vous le « trivial pursuit » paysan

Sacrées femmes. Et sacrées agricultrices... Entre deux traites et mille tâches quotidiennes de paysannes normandes, Geneviève Bois et Sylvie Ouvry ont inventé avec des collègues un jeu en 500 questions pour mettre un gros enjeu – leur avenir, notre avenir - à la portée de tous : l'agriculture durable, c'est-à-dire à la fois sociale, rentable et écologique.

Et elle est repartie... Ce matin, une fois de plus, Geneviève Bois a quitté sa ferme de La Gevraisière, à Sainte-Opportune, pas loin de Flers, dans l'Orne, pour se rendre, par les petites routes sinueuses et charmantes du bocage normand, chez son amie Sylvie Ouvry qui habite à Berjou, précisément à La Gilberdière : c'est juste à la frontière de Sainte-Honorine-la-Chardonne si vous voyez...

Là, pour nous, à la grande table, Sylvie a ouvert « L'Agriculteur en Herbe », le plateau aux quatre saisons, les pions, les bons et les buchettes, les 500 cartes/questions... Très malin ce « trivial pursuit » paysan. Il n'y avait qu'elles, militantes et grandes expertes, 

       « On s'est dit "Comment on communique avec les non-agricoles ?"»

Il y a de ça six ou sept ans, Sylvie et Geneviève, qui gèrent un troupeau de 45 vaches laitières avec leurs maris Didier et Jean-Marie, se remettent une fois de plus en question lors d'une réunion du Civam, ce réseau de paysans qui s'entraident et militent pour une agriculture durable. « Un jour, on s'est dit  "On est dans la parlote, la question est : comment on communique avec les non-agricoles ?" »

Pour se faire comprendre de toutes les catégories sociales et de toutes les générations, il faut trouver quelque chose d' « éducatif et ludique », et aussi qui ne vieillisse pas. Un jeu, c'est la bonne solution. Mais une fois qu'on a ensemencé, comme d'habitude, tout reste à faire. Elles se lancent avec quelques collègues. Sans aucun budget. Une seule aide mais précieuse, celle d'Erika Van Lierde, animatrice à la Fédération bas-normande des Civam. Le reste, les kilomètres, le temps, le remue-méninges, c'est pour elles.

      Partout, carnet et crayon en poche

D'abord concevoir. Les idées cheminent. Le joueur devra suivre, bien sûr, la marche infinie des quatre saisons : «  pour acheter local, il faut les connaître... » Il partagera le travail du paysan en tombant sur les cases « saison » et « surprise » ; il s'initiera à sa science ancestrale avec les questions « Découverte de l'agriculture », il trempera dans les lourds débats d'aujourd'hui avec les questions « Agriculture durable » déclinées équitablement dans les trois thèmes : économique, social, environnement.

Mais 500 questions (et réponses),  il faut les trouver ! « Partout où on allait, on avait un carnet et un crayon dans la poche ». Et cela a bien duré un an. En fait, elles auront impliqué des tas de gens. Avant de boucler le jeu, elles mettent « un prototype en test durant six mois auprès d'agriculteurs, de clubs d'anciens, d'enseignants... »

Tout en cherchant un graphiste, au final un étudiant nantais, elles chassent aussi les financements auprès des collectivités et des mécènes. Puis vient le moment de fabriquer. Pour dénicher l'entreprise qui fasse l'affaire, Geneviève et Sylvie labourent Internet et le milieu associatif ; glanent des adresses et références dès qu'un jeu leur passe entre les mains ; prennent par la suite contact par mail, lettre, téléphone, et la discussion, alors, n'est pas forcément simple.

« Les pions, ça a été toute une histoire. On voulait des petits personnages ; pour 2 000 jeux il en fallait 12 000 : trop pour un artisan, trop peu pour une entreprise. » Finalement, c'est dans le fief du jouet, le Jura, qu'elles auront fini par trouver leurs pions. Lesquels sont par ailleurs, bien sûr, d'un bois et d'une peinture écologiquement garantis.

        Salons et marchés

Troisième et dernière grande étape : diffuser, vendre. Voilà les deux agricultrices courant les salons, dont deux à Paris. Elles font les marchés de Noël ; se partagent le travail sur un stand unique : l'une au jeu, l'autre aux produits ; elles répondent aux journalistes... Toujours, heureusement, la Fédération des Civam donne le coup de main.

Aujourd'hui, de ce jeu, elles semblent les premières gagnantes. « Nous avons beaucoup appris. » Sûrement mais c'est trop de modestie. Cette entreprise de folie n'est pas arrivée par hasard : elle s'inscrit dans une dynamique professionnelle et militante, dans une « action politique ». Elles qui ne s'étaient pas destinées à devenir agricultrices - à l'origine, Geneviève est technicienne de gestion et Sylvie une littéraire -, qui ont choisi la profession agricole pour le mode et la qualité de vie, n'ont jamais cessé de batailler pour faire évoluer leur milieu.

       Le jeu de l'agriculture durable : être bon partout

Et il évolue. Dans le réseau, le bio, par exemple, progresse ainsi que la démarche de l'agriculture durable, ce qui n'est pas forcément la même chose : « Il y a aussi du bio intensif !  ». Hors du réseau des Civam, le jeu, considéré au départ « comme une provoc », a marqué des points : la Chambre d'Agriculture de l'Orne elle-même l'a adopté. « Si l'agriculture évolue, c'est aussi parce que des gens réfléchissent, se remettent en question, posent des gardes-fous ; les choses ont souvent changé grâce à des minorités », ajoutent-elles.

 

« L'agriculture durable n'est pas de la seule responsabilité des agriculteurs »,disent-elles aussi. Alors, pour en savoir plus, jouons ! Et sans tricher. Ça ne sert à rien. Pour gagner, il faut être bon partout : à la fois sur les questions économiques, sociales et environnementales. Comme un paysan de demain.

 

Michel Rouger, publié le 3 octobre 2012 par Histoires ordinaires

 http://www.histoiresordinaires.fr/Genevieve-et-Sylvie-ont-invente-pour-vous-le-%C2%A0trivial-pursuit%C2%A0-paysan_a839.html

 

Pour acheter le jeu « L'Agriculteur en herbe » (30 €) : S'adresser à la Fédération régionale des Civam de Basse-Normandie, 2 place du 8 mai 1945, 14500 Vire. Tél. 02 31 68 80 58

frcivambn@yahoo.fr

 

 

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1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 09:29

Nous vivons tous avec l'image d'une agriculture de basse-cour, forgée depuis notre tendre enfance par les livres de jeunesse. La fraude sur la viande bovine avec des lasagnes au cheval nous fait basculer vertigineusement dans un autre monde : un monde de mobilité, de suppression des frontières, d'inégalités spatiales, de concurrence entre les lieux.

L'agriculture telle que nous l'idéalisons n'est plus. Elle n'a plus grand chose de naturel : les espèces animales sont sélectionnées et transformées pour produire. Il n'est que de songer aux vaches de race Hosltein, aux corps décharnés et aux mamelles exubérantes, pour s'en convaincre. Ces animaux statiques, qui n'ont presque plus besoin de se mouvoir puisque traits dans un carrousel automatisé, et alimentés de façon artificielle, ont été sélectionnés pour être des usines à lait.

L'agriculteur est intégré à une puissante filière. La nourriture des animaux, composée de tourteaux de soja OGM importés de l'autre bout de la planète, lui est livrée par un industriel qui la fait transiter par les ports, véritables centres névralgiques des régions d'agriculture intensive. Le lait est transformé en fromage par l'industrie agro-alimentaire avec qui il est en contrat. Au bout de quelques années, les vaches seront "réformées" pour finir dans nos assiettes... sous la forme de viande pour lasagnes surgelées. L'agriculteur n'est plus qu'un maillon dans une chaîne qui le dépasse. Le pouvoir de pilotage du secteur n'est plus dans ses mains, mais dans celles des industriels qui encadrent le secteur. Et encore, c'est sans doute davantage la grande distribution qui tient les leviers.

Changeons d'échelle à présent. A côté de ce bassin laitier hyper-spécialisé se trouve une région dont la finalité est de produire des céréales, et uniquement des céréales. Il faut bien faire la pâte de nos lasagnes. Comme elle est en concurrence frontale avec d'autres grandes régions céréalières du monde entier, elle est très largement subventionnée par la PAC. Les tomates proviendront d'une autre région, plus ensoleillée, à la main d'œuvre faiblement rémunérée, d'origine immigrée, plutôt féminine, et travaillant dans des conditions difficiles. Ces tomates seront produites toute l'année, quitte à chauffer les serres pour vaincre l'arrogance des saisons. Au pire, il sera toujours possible de les importer de l'hémisphère sud pour en disposer à sa guise. Et d'ailleurs, des investissements y seraient de bon aloi ; les salaires y sont moins chers, la législation sociale peu contraignante, et les préoccupations environnementales presque inexistantes. Cette agriculture n'est plus enracinée dans un espace ; elle est libre de se déplacer sur la planète ; elle est devenue a-géographique, dé- territorialisée.

Afin que l'on puisse manger des lasagnes surgelées élaborées à partir de produits originaires de plusieurs régions d'Europe ou du monde, interchangeables au gré du marché et des spéculations des traders, il est nécessaire que l'espace soit le plus fluide possible. Les barrières douanières sont démantelées, les camions frigorifiques permettent de faire fi des distances, la technologie supprime les saisons. Tout ceci fonctionne parce que le consommateur ne paie pas le prix réel de ce qu'il mange. Il ne paie pas la pollution engendrée par les déjections animales, dont le coût du traitement est estimé à 54 milliard d'euros, à charge pour les collectivités territoriales de se préoccuper de la qualité de l'eau ou de la destruction des algues vertes. Ses impôts locaux finiront bien par augmenter, mais il ne fait pas la liaison entre ce qu'il mange et son cadre de vie. D'autant plus que ce consommateur peut être situé à des centaines ou des milliers de kilomètres du lieu de production.

Mais il paie encore moins la pollution engendrée par les camions qui sillonnent l'Europe pour échanger toutes ces denrées agricoles. Nous laissons les générations futures s'en occuper, en leur laissant juste quelques degrés Celsius en plus.

Voulons-nous recréer des basses-cours ? Alors, il faut permettre aux agriculteurs de vivre de leurs productions par une juste rétribution, si possible valorisée par un signe de qualité. Il leur permettra d'accroître la valeur ajoutée de leur produit, et ainsi de maintenir une agriculture viable. Elle aura comme bénéfice majeur de maintenir des campagnes vivantes, de permettre un aménagement de l'espace et de contribuer au maintien de paysages ruraux de qualité. Alors aussi, il faut songer à ce qu'apparaissent sur les produits agricoles leur empreinte écologique, depuis leur lieu de fabrication et de transformation jusqu'à l'assiette du consommateur. Celui-ci prendra sans doute conscience de l'absurdité de manger des oignons de Nouvelle-Zélande, des cerises en hiver, ou des tomates rondes rouges et brillantes mais sans goût aucun.

 Alors encore, il faut diversifier les régions de production pour recréer des équilibres entre les volumes de déjections animales d'une part et les besoins en engrais d'autre part. Cela permettra l'essor de circuits courts autour de nos métropoles dont les bassins agricoles ne peuvent plus fournir les denrées nécessaires à l'alimentation quotidienne tant ils sont spécialisés. Alors enfin, il faut sensibiliser le consommateur à agir de façon responsable, tout en contribuant à éviter de perdre le tiers des productions agricoles de la planète comme c'est le cas aujourd'hui.

Ceci nécessite une volonté politique forte. C'est tout notre modèle agricole et rural qui est à repenser, surtout dans sa relation aux villes.

Raphael Schirmer, géographe, maître de conférences, université Bordeaux-III – ADES

Billet paru dans Le Monde du 27 février 2013

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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 09:51

Quand l’agriculture s’installe en ville…

… désir de nature ou contraintes économiques ?

Dans cet article, André Torre et Lise Bourdeau-Lepage s’interrogent sur la place de la nature en ville à travers la question de l’agriculture urbaine. Ils défendent l’idée que son avenir est étroitement lié à ses dimensions paysagères et esthétiques, voire éducatives, chères aux habitants des villes.

Longtemps célébrée comme un vestige des temps passés, l’agriculture en ville s’impose aujourd’hui à l’agenda des politiques, qu’il s’agisse des documents d’urbanisme (schémas de cohérence territoriale (SCOT), schémas régionaux de cohérence écologique (SRCE), plans locaux d’urbanisme (PLU) ou des contractualisations locales (voir, par exemple, le Schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF), voté le 25 octobre 2012 et qui soutient l’agriculture de proximité). Comme les y incitent les lois SRU (solidarité et renouvellement urbains) et les Grenelles de l’environnement, les collectivités territoriales expérimentent des dispositifs fonciers innovants en faveur de l’agriculture de proximité : zones agricoles protégées, périmètres de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et naturels périurbains, îlots fonciers, chartes foncières ou projets agri-urbains. Dans le même temps, émergent des initiatives du tissu associatif ou des riverains, comme les réseaux Terres en villes, Terres de liens, ou PURPLE au niveau européen, dont l’objet est de favoriser une gestion concertée de l’agriculture et des espaces agricoles périurbains et d’encourager l’installation de paysans et d’activités agricoles à proximité des villes (Torre 2012a).

Les initiatives se sont multipliées : jardins partagés comme à Paris ou à Montréal,circuits courts et paniers paysans qui font le bonheur des urbains, productions urbaines : de vin, comme le Bellet sur les hauteurs de Nice, ou de miel « béton ». Mais ces « innovations » sont-elles de véritables alternatives pour l’avenir ou ne sont-elles que de simples caprices de « bobos » ? Cette agriculture urbaine est-elle réellement nourricière, induite par une contrainte économique, ou n’est-elle pas plutôt porteuse de valeurs sociales et d’esthétique, par ses qualités paysagères et les opportunités qu’elle offre en matière de vivre-ensemble ?


La bétonisation des banlieues en chanson dans les années 60

C’était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien…
Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui, au revers de son veston,
Portait une fleur de béton

J. Dutronc et J. Lanzmann, Le Petit Jardin

Les hommes avaient perdu le goût
De vivre, et se foutaient de tout…
Le ciel redevenait sauvage,
Le béton bouffait l’paysage
Alors, les loups sont entrés dans Paris

S. Reggiani et A. Vidalie,
Les Loups sont entrés dans Paris

 

     L’agriculture au cœur des villes : une agriculture encore teintée d’utopie…

Souvent définie comme l’activité de production agricole et/ou alimentaire qui se déroule au sein d’une ville, partie intégrante de son système écologique et de l’économie urbaine, l’agriculture urbaine existe depuis toujours dans les pays émergents, où elle peut jouer un rôle majeur dans l’alimentation des populations. C’est le cas de la production de lait à Mexico, par exemple, ou encore de la zone de Kossodo à Ouagadougou (Le Gall 2013).

Sa réapparition plus récente dans les pays industrialisés date des années 1970 avec les premiers community gardens à New York : parterres de fleurs et carrés de légumes devaient servir de ciment social face au délabrement des quartiers. Aujourd’hui, au nord de Lisbonne ou à Détroit, aux États-Unis, les jardins familiaux nourrissent une population victime de la crise et la question de la réintroduction ou du développement de ce modèle de production locale se pose de manière insistante. Sans apporter de réponse ferme à la problématique de l’alimentation des villes, les expériences n’ont cessé de se multiplier depuis : cultures maraîchères, exploitations avicoles ou ruches, serres sur les toits, mais aussi utilisation de ressources urbaines telles que les déchets organiques ou le compost (comme à Nantes et Lyon), ainsi que des eaux de récupération pour l’irrigation des cultures.

L’agriculture en ville se caractérise par un certain nombre d’opérations emblématiques. Des actions innovantes, comme les jardins maraîchers sur les toits – par exemple, les jardins hydroponiques [1] de New York, qui contribuent à la production sous serre de plantes placées dans des éponges en fibre de basalte volcanique, avec engrais et recyclage de l’eau ; ou, dans des conditions de production plus « classiques », les 3,7 hectares de verdure sur les toits de Paris, créés depuis le plan biodiversité de novembre 2011. Parmi ces opérations phares figurent aussi les murs végétalisés ou végétaux, qui permettent de lutter contre le bruit en jouant le rôle d’isolant, voire de réduire et d’absorber une partie de la pollution grâce à la présence de micro-organismes dans la terre.

Il s’agit également des jardins associatifs ou partagés, que l’on retrouve dans la plupart des grandes villes françaises, souvent gérés par des collectifs ou des associations de riverains, parfois pour le compte des municipalités sur des terrains communaux, sous forme de parcelles collectives ou temporairement distribuées entre allocataires. En France, le premier jardin « communautaire », comme on les appelle dans le Nord, a été créé à Lille en 1997. Lointains héritiers des jardins ouvriers, ces nouveaux types de jardins collectifs, entretenus et gérés par des associations d’habitants, se sont multipliés depuis une dizaine d’années dans les villes françaises, même si on peut y voir parfois l’instrument d’une « clubbisation » (Charmes 2011), marquée par une semi-appropriation des espaces publics par certaines catégories sociales (Bourdeau-Lepage et Vidal 2012).

Aujourd’hui, enfin, des projets futuristes de fermes verticales, tours vertes ou agricoles fleurissent sur des sites d’architectes ou dans certains écrits (Despommier 2010). Ces constructions utopiques, destinées à des cultures alimentaires, alimentent le rêve d’une ville parfaitement autonome, avec la possibilité d’une filière intégrée avec une étape de production à chaque étage (Purseigle et al. 2012). Au-delà de leur fonction utopique, elles méritent l’attention car elles suggèrent des solutions aux problèmes de disponibilité foncière et d’occupation des sols, à un moment où le projet de reverticaliser les villes prend place dans l’agenda des politiques. Les fermes verticales proposent, en effet, l’élimination des coûts de transport et de leur impact carbone, ainsi qu’un approvisionnement régulier face aux aléas climatiques et saisonniers des productions de plein champ. Pour l’instant, c’est surtout leur caractère dépolluant et paysager qui s’avère opérationnel, comme dans la tour parking de Perrache à Lyon, avec son système de destruction des polluants par les micro-organismes contenus dans le système racinaire des plantes des murs végétalisés. D’autres usages voient également le jour, comme la purification de l’eau et de l’air, ou l’utilisation des eaux grises pour l’irrigation des plantes d’ornement.

… prometteuse en matière de qualité de vie et de lien social…

Pour les pays industrialisés, l’avantage le plus évident de cette agriculture au cœur des villes réside aujourd’hui dans ses dimensions paysagères et dans sa capacité à satisfaire le désir de nature des citadins (Bailly et Bourdeau-Lepage 2011). La prise en considération de ses aspects esthétiques est nouvelle en France. Les citadins ont longtemps privilégié les pelouses bien entretenues et les haies bien taillées des parcs au spectacle de la nature ou des cultures agricoles en ville. Mais cette agriculture urbaine semble être maintenant « tendance » ; en témoigne le fait que la proximité d’un jardin partagé ou d’installations maraîchères urbaines est valorisée et contribue dans la plupart des cas au maintien, voire à l’augmentation, des prix du foncier de la zone environnante. Le développement d’une agriculture urbaine est ainsi porteur d’avantages de nature esthétique et d’embellissement de la cité ; on peut également en attendre des développements en matière de tourisme vert, ou de balades identitaires et patrimoniales dans la ville.

Au-delà de ses dimensions esthétiques, l’agriculture urbaine présente d’autres fonctions, en particulier sociales. Elle peut ainsi être vecteur d’insertion pour des personnes en difficulté ou d’éducation pour les petits urbains, ou encore simplement prétexte au développement d’un tissu associatif. Enfin, une dernière vertu de l’agriculture urbaine réside dans ses potentialités en matière environnementale, en termes de réduction des îlots de chaleur.

… mais limitée par la qualité des sols urbains et les difficultés techniques

Aussi séduisantes que soient les vertus de l’agriculture urbaine et élevé le désir de certains citadins de voir se déployer des objets de nature et des pratiques éco-responsables en milieu urbain, le développement de l’agriculture dans l’espace de la ville dense des pays industrialisés est confronté à de nombreux obstacles. L’agriculture urbaine entre, en effet, en compétition avec d’autres usages des sols urbains. Elle doit souvent partir à la reconquête de terres depuis longtemps artificialisées ou délaissées et libres de tout usage agricole en ville.

Une des plus importantes limites au déploiement de l’agriculture en ville est liée à la qualité médiocre des sols urbains. Ces sols sont non seulement secs, tassés, riches en nitrates et quelquefois pollués, avec une forte teneur en métaux, mais leur origine est aussi très difficile à tracer, surtout s’ils ont été déplacés. Cette question se pose de manière aiguë dans les jardins partagés, dont les usages alimentaires sont encore sujet à caution, et dans les processus de reconversion des sols, dont le retour à l’activité agricole risque de se révéler bien difficile. De plus, l’agriculture urbaine se heurte au fait que beaucoup d’espèces animales ou végétales ne sont pas en mesure de vivre, de pousser ou de survivre de manière spontanée sur les terrains urbains qu’elles occupent (Machon 2011), notamment car les milieux de ces espaces sont soumis à la forte pression des citadins et de leurs nombreuses activités.

Dans le cas des fermes verticales, la pratique du hors-sol mais aussi la proximité géographique des autres activités urbaines posent de nombreuses questions et problèmes qui ne sont pas encore résolus. En effet, il s’agit, par exemple, de trouver et développer des innovations permettant d’éliminer ou de recycler les déchets et déjections, de rendre compatible la proximité d’un habitat dense et la volonté de consommation de produits « non traités » avec l’utilisation de pesticides, mais aussi d’alimenter ces systèmes de culture en engrais et phytosanitaires compatibles au cœur de l’urbain. Si les questions des bilans économiques et de l’empreinte écologique de ces tours sont posées, les expériences réelles sont encore rares.

     L’agriculture en ville, un mode de vie ?

Aujourd’hui, l’ampleur des innovations à concevoir et à développer ne permet en aucun cas d’imaginer une autosuffisance alimentaire des villes des pays industrialisés (Deverre et Traversac 2011), et l’agriculture ne peut prétendre s’intégrer au cœur du métabolisme urbain (Barles 2007). Mais l’agriculture urbaine balbutiante peut contribuer à accroître la place de la nature dans la ville (Bourdeau-Lepage et Vidal 2012) et apporter quelques solutions aux situations parfois dramatiques résultant de la crise (Torre 2012b). Les expériences sont en cours. Détroit, l’ancienne capitale de l’automobile, a réhabilité de vastes zones pour une agriculture de subsistance des populations locales et met en œuvre le plus grand projet de ferme urbaine au monde, dans l’esprit des victory gardens qui ont contribué à l’alimentation de millions de citadins pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le mouvement Slow Food, qui appelle à l’éducation du goût des consommateurs et prône la consommation de produits locaux et de saison, rêve de transformer les friches industrielles et les cours de récréation en « paysages fertiles ». Il considère que l’agriculture urbaine constitue, du fait de la hausse du prix de l’énergie, le moyen de parvenir à un mode de vie durable dans les grandes villes.

Mais ces situations restent encore exceptionnelles et l’avenir de l’agriculture urbaine passera sûrement par une intégration des dimensions paysagères et esthétiques chères aux habitants des villes. Ne serait-ce que parce qu’elle reste sous le regard des citadins, qui ont une approche différente des agriculteurs traditionnels et qu’elle doit tenir compte de cette vision, l’agriculture en ville doit peut-être tendre vers des formes plus proches du jardinage que de l’exploitation ou de l’agronomie traditionnelles. Elle peut avoir valeur d’exemple pour des citadins ayant oublié ou ne sachant plus comment pousse une plante ou comment un fruit se transforme en terre. Après tout, et comme le dit joliment Marie-Paule Nougaret (2010), ce ne sont pas les plantes qui poussent en ville, mais les villes qui vivent sur la planète des végétaux…

BIbliographie

Barles, S. 2007. Mesurer la performance écologique des villes et des territoires : le métabolisme de Paris et de l’Île-de-France, rapport de recherche pour le compte de la ville de Paris, Laboratoire Théorie des mutations urbaines, Institut français d’urbanisme, université Paris-8.

Bailly, A. et Bourdeau-Lepage, L. 2011. « Concilier désir de nature et préservation de l’environnement : vers une urbanisation durable en France », Géographie, économie, société, vol. 13, n° 1, p. 27‑43.

Bourdeau-Lepage, L. et Vidal, R. 2012. « Nature urbaine en débat : à quelle demande sociale répond la nature en ville ? », Déméter 2013, dossier « Nature et agriculture dans la ville. Les nouveaux désirs des citadins s’imposent », p. 195‑210.

Charmes, É. 2011. La Ville émiettée. Essai sur la clubbisation de la vie urbaine, Paris : Presses universitaires de France.

Despommier, D. 2010. The Vertical Farm, New York : St Martin’s Press – Thomas Dunne Books.

Deverre, C. et Traversac, J.-B. 2011. « Manger local, une utopie concrète », Métropolitiques, 26 octobre.

Le Gall, L. 2013. « Quelle place pour l’activité agricole en ville ? Le cas d’Ouagadougou, entre sécurisation et relégation », Métropolitiques, à paraître.

Machon, N. 2011. Sauvages de ma rue : guide des plantes sauvages des villes de la région parisienne, Paris : Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), Éditions Le Passage, 256 p.

Nougaret, M.-P. 2010. La Cité des plantes, Paris : Actes Sud.

Purseigle, F., Poupart, A. et Compère, P. 2012. « La Ferme verticale : image paroxystique de mondes agricoles en mutation », sur le site Laboratoire d’urbanisme agricole.

Torre, A. (éd.). 2012a. « Nature et agriculture pour la ville. Les nouveaux désirs des citadins s’imposent », dossier, Déméter 2013, 428 p.

Torre, A. 2012b. « L’Agriculture dans les villes. Utopie ou possibilité ? », Paysans et Société, n° 336, novembre‑décembre, p. 35‑44.

 [1] La culture hydroponique est une culture hors-sol.

Article de André Torre & Lise Bourdeau-Lepage, publié dans Métro politiques du le 06/02/2013

http://www.metropolitiques.eu/Quand-l-agriculture-s-installe-en.html

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