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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 14:34

Accueil paysan et le CIVAM (Centres d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural) organisent des séjours de rupture à la ferme, allant de quelques jours à quelques semaines, pour des personnes en difficultés. Les profils sont multiples : des jeunes délinquants, des sans domicile fixe, des personnes victimes de violences, des enfants placés, des familles en difficulté, des personnes à mobilité réduite ou encore des personnes âgées. Les agriculteurs qui ouvrent leurs portes sont des familles ordinaires qui veulent ainsi partager leur amour de la nature et leur convivialité.

  Des femmes à qui la campagne a redonné le sourire

Les CIVAM travaillent notamment en collaboration avec l’association Aurore, une structure parisienne qui gère des centres d’hébergement pour femmes. Ils organisent des séjours d’une dizaine de jours pour une trentaine de femmes par an.

«  A chaque fois que les femmes sont parties, ce fut positif. Cela leur permet de prendre du recul sur leur situation, de revenir nourries de quelque chose en plus, cela se voit dans le fond de leurs yeux ! », s’enthousiasme Angélique Bérangé, la directrice du foyer Relais Cœur de Femme. Le 4 novembre dernier, le foyer, organisait une rencontre entre agriculteurs accueillants, futurs accueillants et femmes du foyer déjà parties en séjour à la ferme.

« J’avais peur avant de partir, les gens savent que tu vis dans un foyer, alors que vont-ils penser de toi ? Mais là-bas on se retrouve. Dans un foyer on se pose beaucoup de questions : je vais où ? qu’est ce que je vais faire de ma vie ? En arrivant, une famille nous attendait, et on s’est senti chez nous ! Ca redonne confiance en l’avenir ! », avoue émue une résidente.

« Ca m’a permis de changer d’air, de me reposer, de réfléchir à mon logement, à une formation, cela m’a même donné l’envie de faire du bénévolat. J’ai commencé à dessiner un chemin, un nouveau début. Mais je ne vais pas devenir éleveuse de moutons ! », explique rieuse Marie-Chantal.

Les résidentes, en majorité émigrées, parlent désormais de leur famille française, elles ont découvert une France rurale insoupçonnée, hors de la grisaille parisienne, et, surtout, toutes s’exclament qu’elles ont réappris qu’il était possible de rencontrer des hommes et des femmes plein de bonté, tout simplement.

« Le fait de couper avec un quotidien qui cumule des difficultés économiques, familiales et administratives, en allant à la ferme, de retrouver des activités pratiques et des rythmes différents, ils se sentent de nouveau valorisés. Dans les structures les personnes n’ont pas la possibilité de se rendre utile, alors qu’a la ferme on laisse très facilement des responsabilités aux personnes. Beaucoup de choses se jouent aussi autour du repas. Des personnes d’origines étrangères y trouvent un moyen d’expression et de partage des cultures à travers la cuisine et les produits de la ferme. »


   Des moments d’échanges précieux

« Les accueillants sont plutôt des petites fermes, des gens ouverts sur l’extérieur, qui font de la vente directe. Ils ont souvent des profils tournés vers le social. De plus, les fermes sont parfois isolées, or les agriculteurs ne veulent pas rester couper du monde, reclus sur leur ferme, ils veulent faire des rencontres. », explique Mélanie Théodore du CIVAM.

Les agriculteurs accueillants sont émus devant les remerciements chaleureux. « C’est pourtant simple d’accueillir, on s’en fait toute une montagne, mais quand on arrive en face, c’est un tout petit tas. Il n’y a pas de supériorité dans la relation, on apprend tous quelque chose de ces rencontres. », explique Jean-Louis.

Jean-Louis et Martine sont éleveurs ovins en agriculture biologique en Haute-Loire. Depuis 20 ans ils proposent des séjours à la ferme. « On n’est pas agriculteur pour gagner de l’argent, mais juste arriver à vivre et on doit se battre. Alors on comprend les gens qui en pâtissent dans la vie, ça nous apprend à partager certaines valeurs sociales. » Quand les accueillis débarquent sur leur ferme, ils doivent vivre au rythme de celle-ci et de ses bêtes ; s’intégrer à la grande famille de 4 enfants. Mais l’accueil, Jean-Louis l’a dans la peau.

Il s’étonne toujours des rencontres merveilleuses que lui ont permis ces périodes d’accueil, notamment avec des SDF extrêmement cultivés mais plongés dans une misère noire. Alors il se fait un devoir de leur redire que la vie est une lutte, que tout le monde peut mener. «  Quand on vit dans la nature, au rythme des saisons, de la météo et des bêtes si on commet une erreur on la paye cash ! Si on laisse une bête trop longtemps en pâturage, elle va mourir d’avoir trop mangé. La vie et la mort on les côtoie tous les jours, mais la vie doit continuer, on doit s’occuper du reste du troupeau et avancer ! Et je suis convaincu que c’est dans les difficultés que la vie est géniale, quand on les surmonte. Tout le monde peut s’en sortir et tout le monde à sa place, c’est ce qu’il faut leur rappeler, eux aussi ont leur place ! »

Caroline Amiard

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