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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 09:54

Des cinéastes avec les sans-papiers

Un collectif de cinéastes brise le silence autour des grèves de sans-papiers. D'un chantier glacé à l'autre, leur court-métrage “On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici !” montre ces travailleurs qui ne veulent plus être invisibles. Et marque le début d'une nouvelle campagne de mobilisation. (Télérama du 24 février)

La radio annonce, ce matin-là, des températures polaires, le vent est cinglant, la journée sera l'une des plus froides de l'hiver. Un SMS, à 7 h 30, donne le lieu du rendez-vous, un café-tabac tout près de ­l'Assemblée nationale. A Paris, le collectif des ­cinéastes pour les sans-papiers s'organise à la hâte. Trois ans après la campagne Laissez-les grandir ici, ils relancent le mouvement et réalisent, sur le vif, un film de trois minutes qui sera diffusé dans cinq cents salles, début mars, pour le dernier sprint avant les régionales. La décision a été prise, dans les derniers jours de janvier, lors d'un piquet de grève que la police menaçait d'évacuer. Depuis le 18 octobre dernier, six mille sans-­papiers ont cessé le travail pour en finir avec l'arbitraire des régularisations et obtenir « la reconnaissance de leurs droits de salariés, à commencer par le droit au séjour ». La grève est longue et pénible. On en parle peu. Dans la région parisienne, il y a une vingtaine de piquets de grève - sur des chantiers, dans des restaurants, des magasins - que les cinéastes vont visiter au pas de charge pour faire connaître les voix et les visages, la résistance, la colère, la détresse. Et le slogan du mouvement : « On bosse ici, on vit ici, on reste ici. »

    Comme en 2007, le film est réalisé à quelques mains et signé collectivement. Pour ne pas nuire à la dynamique du collectif (le who's who du cinéma français), les metteurs en scène refusent de parler en leur nom propre et avancent masqués. Ce jour-là, sur le pont de la Concorde, ils sont deux à diriger la manoeuvre (libre à vous d'imaginer : Amalric, Audiard, Belvaux, Cantet, Ferran, Zonca, ou bien d'autres). Le vent coupe les jambes. Face à l'Assemblée nationale, deux ouvriers qui ont travaillé à la restauration du monument parlent posément à la caméra. Ils connaissent leurs répliques par coeur, celles de la vie qu'ils mènent ici depuis plusieurs années. Le plus jeune des deux, un grutier, explique qu'on le paie au rabais puisqu'il est sans papiers et que s'il râle, c'est « fin de mission ». Les cinéastes font répéter les phrases et enfoncent le clou : « Et si tu es malade ? - Fin de mission. - Si tu as un accident de travail ? - Fin de mission. » Devant la caméra, les grévistes montrent leur carte d'entreprise, leurs bulletins de salaire, tous les papiers qui attestent d'une place dans la société. « Tu cotises, tu paies tes impôts, et qu'est-ce que tu obtiens en retour ? » Il gèle, les mains tremblent. « Rien. Il me manque un seul papier, la carte de séjour. »

Les cinéastes ont défini une charte de style : comme dans le film diffusé en salles en 2007, les sans-papiers se tiennent droit face à la caméra et témoignent sous le regard de leurs camarades silencieux. D'un piquet à l'autre, les physionomies changent. Les Africains ne sont pas seuls, les Chinois se sont joints en masse à la grève. Et quand on quitte le site de l'Assemblée nationale, un rendez-vous s'ajoute pour le soir : des travailleurs kurdes veulent rejoindre le mouvement. La visite des piquets dessine un paysage de la France des grandes enseignes : Kentucky Fried Chicken, la tour Axa à la Défense, les chantiers Bouygues... Ceux-ci se sont défendus d'employer sciemment des travailleurs sans papiers, mais les cinéastes veulent dénoncer l'hypocrisie du système, les « sous-traitances en cascade » qui permettent aux entreprises de passer par des sociétés d'intérim dont certaines disparaissent après quelques mois d'existence, rendant les inspections et les poursuites délicates.

 Cap sur Nanterre où, après quelques détours à travers un dédale d'entrepôts, on finit par se poser dans un décor à couper le souffle. Au loin, les tours de la Défense se fondent dans un ciel de neige. Au premier plan, quinze travailleurs africains font cercle autour d'un brasero, cernés par un océan de gravats et de déchets. Le sol est dur et boueux. Ils vivent et dorment là, sur le site de la décharge où ils travaillent, depuis le début de la grève. Ils n'ont qu'une tente et pas de sani­taires. Juste une palissade derrière laquelle ils vont se laver. Les robinets sont gelés. Leur employeur leur a proposé un certificat d'embauche qui pourrait valoir droit à une carte de séjour, mais le but de la grève est d'obtenir une régularisation globale. Loin des autres, loin de tout, ils tiennent. « On n'a pas le choix », dit Mamadou Fofana, roulé dans une couverture.

 “La nuit, quand je revois mon parcours, je ne peux m'empêcher de pleurer. Je travaille, c'est humain, j'ai droit au respect.” Simbo.

 Ils restent stoïques dans le vent glacé, attendant leur tour de parole. De la patience, ils en ont en réserve. Amadou Touré est le premier. Il a préparé son speech. Il n'en restera que quelques secondes ou peut-être rien, mais c'est l'occasion, il se lance : « Merci d'être venus, dit-il. Trier les déchets, c'est dur, c'est un sale boulot. Il n'y a que les clandestins qui acceptent de le faire. Je suis là depuis 2002, je gagne 1 200 euros par mois et si je râle, je suis viré. Je n'ai pas droit à la carte Orange, pas droit à la gamelle, pas droit aux vacances. Je travaille, je paie des impôts depuis que je suis en France, je suis en grève pour être respecté de la même manière que ceux qui ont des papiers. » Il a apporté fiches de paie et feuilles d'impôt, il veut montrer que l'entreprise qui l'emploie a changé de raison sociale plusieurs fois pour brouiller les pistes. Il s'emmêle dans les chiffres et les papiers, ça l'agace, on lui fait recommencer : « J'ai les mains froides, j'arrive pas à tenir les papiers. »

 Dans son dos, autour du feu, les autres oscillent entre gravité et dis­sipation. Les Maliens chambrent les Mauritaniens. Simbo, un grand type en bonnet pé«ruvien, K-Way et cravate flottante, fanfaronne et gonfle le torse : On s'est préparés pour la grève, c'est un sport, une lutte. » Il abandonne son ton farceur quand la caméra tourne : « La lutte ici, c'est trop dur, il fait froid, les trains passent sans arrêt, les gens ne peuvent pas nous trouver, mais on ira jusqu'au bout. Je suis là depuis 2001 et, la nuit, quand je revois mon parcours, je ne peux m'empêcher de pleurer. Je travaille, c'est humain, j'ai droit au respect. »

 Vers 17 heures, le jour descend, il faut se replier vers la tente et l'interminable ennui. Un contremaître se pointe, pense avoir affaire à des photographes : « Ces photos, c'est pour qui ? - Pour le magazine de la CGT - Ah, alors je vais m'abonner. » L'équipe de tournage part à la Défense où attendent des travailleurs de la tour AXA. Les paroles et les émotions se bousculent. Amadou Touré demande le micro. Il a une question à poser aux cinéastes : « Votre film, c'est pour qui ? Est-ce qu'on va le montrer à la préfecture ? »

Laurent Rigoulet, Télérama n° 3137 du 23 février 2010

http://www.telerama.fr/cinema/des-cineastes-avec-les-sans-papiers,52976.php

allez voir le site : www.collectifdescineastespourlessanspapiers.com

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