Dialogue social territorial : de quoi parle-t-on ?
Le Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) a présenté au mois de juillet un rapport sur le dialogue social territorial. Ce document s’appuie
notamment sur les travaux des CESR de Poitou-Charentes, Rhône-Alpes et Bretagne, qui ont récemment travaillé sur la question.
Le développement du concept de « dialogue social territorial » a accompagné la décentralisation, qui a progressivement renforcé le rôle des collectivités territoriales dans les politiques
de l’emploi, de l’insertion et de la formation. En parallèle de ce mouvement de « territorialisation » des politiques de l’emploi s’est développée l’idée que celles-ci devaient être
co-construites avec les acteurs socio-économiques : les entreprises et leurs organisations représentatives, les syndicats de salariés, les associations, structures d’insertion, organismes de
formation, etc.
Les différents « cercles » du dialogue social territorial
Quelle définition donner à ce dialogue social territorial ? Le texte parle de plusieurs « cercles », en fonction du degré d’ouverture à d’autres acteurs que les partenaires
sociaux.
Le premier cercle n’associe que les organisations patronales et syndicales et débouche sur des accords concernant les conditions de travail, les salaires, etc. applicables à une échelle locale
(département, bassin, d’emploi). Des exemples existent d’accords interprofessionnels à l’échelle départementale comme dans le cas des accords interprofessionnels locaux sur le logement des
saisonniers signés en Savoie, Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes. Dans les Deux-Sèvres, une commission paritaire d’hygiène et de sécurité et des conditions de travail été mise en place par
l’UPA (artisanat) et les organisations syndicales, pour palier l’absence de CHSCT dans les entreprises artisanales du département.
Les autres « cercles » du dialogue social territorial s’écartent du cadre strict du travail pour définir un partenariat élargi, associant les partenaires sociaux mais aussi les
élus, le service public de l’emploi et les associations, destiné à alimenter les stratégies locales sur l’emploi, la formation et le développement économique. Le CESE reprend la définition
proposée par le CESR Poitou-Charentes : « le dialogue social regroupe l’ensemble des formes de négociation, de consultation ou simplement d’échange d’informations entre les parties
prenantes des politiques économiques, sociales et sociétales territoriales. Il associe dans son tour de table des représentants de l’Etat déconcentré, des collectivités territoriales, des
organisations professionnelles et des représentants de la société civile sur des questions d’intérêt commun».
Une démarche de projet
Cette définition du dialogue social territorial élargi fait des partenaires sociaux des acteurs à part entière du développement local. A l’échelle des bassins de vie ou des bassins
d’emploi, ce dialogue s’incarne dans deux types de structures : les Comités de bassin d’emploi, créés en 1982 et qui sont aujourd’hui une soixantaine (contre plus de 300 dans les années
1980) et les Conseils locaux de développement (des Pays par exemple). Les Maisons de l’emploi, dernières nées de la territorialisation des politiques de l’emploi, associent
rarement les partenaires sociaux bien que cela soit rendu possible par leur cahier des charges.
Même si on peut regretter leur faible nombre à l’échelle nationale, certaines de ces structures ont un rôle important : c’est le cas par exemple du Conseil de développement du Pays de
Rennes (CODESPAR) qui travaille en partenariat avec la Maison de l’emploi et les employeurs du bassin d’emploi à la création d’une plateforme de gestion territoriale des mobilités
professionnelles, et mène également des actions sectorielles, notamment dans les services à la personne.
D’autres espaces de dialogue social territorial peuvent exister, par exemple dans des associations qui impliquent les partenaires sociaux autour d’un projet commun. C’est le cas de
l’association Dialogue Sénart Val de Seine, créée par un club d’entreprises, des organisations patronales et des syndicats de salariés, qui fédère une vingtaine d’entreprises. Son but est
de mutualiser les moyens pour proposer aux salariés des « outils de fidélisation » de type CESU, chèques déjeuner, complémentaire santé, épargne salariale, comités
d’entreprise ou formation.
Une solution face à la crise ?
Le rapport rappelle l’intérêt de ce dialogue élargi pour enrichir les politiques dans le champ emploi/formation et accompagner les mutations économiques à l’échelle des bassins d’emploi.
« Le dialogue social territorial permet de construire des outils partagés d’anticipation des mutations économiques, comme on le constate de façon exacerbée en période de crise. Il peut
permettre de mieux partager la connaissance du territoire entre acteurs économiques et sociaux et ainsi favoriser l’anticipation des restructurations et le développement des mobilités
professionnelles dans une même aire géographique. Les restructurations entraînent une série d’implications sur les territoires.[…] Cet aspect multidimensionnel nécessite des actions coordonnées,
dont l’efficacité et la pertinence semblent accrues si la coopération préexiste ».
L’idée défendue est que l’implication des partenaires sociaux est une condition nécessaire pour construire des politiques adaptées aux besoins, particulièrement en cette période de crise, et que
les territoires où ce dialogue est structuré sauront plus rapidement trouver des solutions pour s’adapter aux mutations économiques et à leur impact sur l’emploi.
Hervé Dagand
publié le 16 septembre sur le site
" projet de territoire"
de
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