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Les Brebis font de la résistance
un film de Catherine Pozzo di Borgo , LES FILMS DU PARADOXE
Sortie le 1er avril 2009
Synopsis
Le Larzac aujourd’hui, avec ses habitants au caractère bien trempé, ses paysages magnifiques et ses brebis. Tableau subjectif d’un lieu unique, fortement marqué par les luttes des années 70, une
terre reconquise à l’armée où les paysans d’alors et de nouveaux venus continuent à se battre pour une agriculture saine et un monde meilleur. L’exemple d’une utopie devenue réalité.
Note d’intention de Catherine Pozzo di Borgo
Pourquoi j’ai eu envie de faire ce film
Il y a quelques années, séjournant dans la région de Montpellier, j’accompagnais mes hôtes faire le marché au hameau de Montredon. Je savais vaguement que le hameau se situait
sur le plateau du Larzac, dans l’Aveyron, et j’avais quelques souvenirs de la lutte qui l’avait rendu célèbre dans les années 70, lorsque cent trois familles de paysans avaient mené une farouche
résistance contre l’extension du camp militaire et l’expropriation de leurs terres par l’armée.
Mais mes connaissances s’arrêtaient là et je ne m’attendais certes pas à trouver à l’entrée de ce hameau perdu des tables chargées de littérature militante. Des tracts et des
brochures du DAL, d’AC !,de Droit Devant, d’Attac, de la Confédération paysanne accueillaient le visiteur venu s’approvisionner en fromages et légumes frais. Par la suite, j’appris que Montredon
était le lieu de résidence de José Bové, le très médiatique porte-parole de la Confédération paysanne, ce qui expliquait les choses, mais seulement en partie. Je suis retournée sur le
plateau à plusieurs reprises et chaque visite a renforcé ma conviction que cet endroit avait quelque chose d’unique qui méritait d’être observé de près. Ce qui m’a d’emblée frappée et séduite,
c’était l’accueil incroyablement cordial de ses habitants. Partout où je suis allée, je me suis sentie la bienvenue. Tous ceux que j’ai approchés ont tout fait pour me mettre à l’aise et répondre
à mes questions. J’ai assisté à la traite des brebis, je me suis promenée sur les immensités désertiques, j’ai partagé des repas mémorables et j’ai écouté avec émerveillement toutes ces histoires
d’hier et d’aujourd’hui qui font la richesse du Larzac. Je ne prétends pas avoir trouvé le paradis sur terre ! Le Larzac est traversé par les problèmes et les contradictions du monde
moderne et ses habitants n’en sont pas exempts. Mais même s’il existe, comme partout, des inimités, des rivalités, des jalousies, des mesquineries, il est difficile de ne pas être séduit par les
liens très forts qui unissent les gens du Causse. Sur ce plateau perdu, des mots comme solidarité et convivialité ont véritablement un sens. Le Larzac est une grande famille qui vous attire comme
un aimant. Et même si, dans le cours du film, j’aborde les grandes questions qui agitent le plateau – la lutte historique des années 70, la gestion originale du foncier mise en place au début des
années 80, les problèmes spécifiques à la petite paysannerie – c’est d’abord cette atmosphère chaleureuse très particulière que j’espère être parvenue à transcrire.
Même si l’on n’est pas riche, même si les hivers sont rudes et les étés trop chauds, il semble qu’on vive un peu mieux qu’ailleurs sur ce plateau aride où paissent des brebis
et que ponctuent ici et là quelques rochers aux formes tourmentées.
Le Larzac : un laboratoire expérimental
Le causse du Larzac, d’une superficie de 1 000 km2, est à cheval sur les départements de l’Aveyron et de l’Hérault. Sa terre calcaire est dure et aride, le climat y est parfois
extrême. C’est une région de vastes espaces désertiques. La brebis en est la principale richesse.
Son lait, de temps immémoriaux, sert à la fabrication du Roquefort, même si une certaine diversification est aujourd’hui en cours. Avant la lutte contre l’extension du camp militaire, de 1971 à
1981, le plateau ne comptait plus guère qu’une centaine d’agriculteurs. Il était dominé à l’Est par quelques grosses fermes. L’Ouest, où l’on trouve des hameaux dispersés, était en voie de
désertification.
Pendant la lutte, des dizaines de sympathisants ont squatté des fermes en ruine. Un certain nombre sont restés.
Par la suite, d’autres familles se sont installées. Si bien qu’on a plusieurs strates de populations qui restent encore très visibles de nos jours et qui constituent une des
richesses du Larzac.
Le Larzac ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans les dix années de lutte qui l’ont profondément marqué. Rappelons que la décision prise en 1971 d’agrandir le camp
militaire et d’exproprier 103 familles de paysans suscita un vaste mouvement de soutien à travers la
France et même à l’étranger.
Cent cinquante “comités Larzac” furent créés et la lutte fut ponctuée de grands rassemblements, mais aussi de très nombreuses manifestations souvent originales : blocages de
manoeuvres militaires, “montées” sur Paris (avec des brebis, puis en tracteur, puis à pied), jeûnes publics, entraves aux enquêtes administratives, recours juridiques systématiques, actions de
désobéissance civile (refus 3% de l’impôt, renvois de livrets militaires), etc. La résistance prit aussi d’autres formes comme la reconquête de terres agricoles peu à peu désertées, la
construction de bergeries sans permis, l’achat collectif de terres convoitées par l’armée (Groupements Fonciers Agricoles) et les occupations illégales de bâtiments.
Aussitôt la victoire acquise, les paysans ont créé la Société civile des terres du Larzac (SCTL) avec pour objectif de récupérer les 6 300 hectares de terres qui avaient été
vendues à l’armée en vue de l’extension du camp.
La SCTL a conclu un bail emphytéotique de soixante ans avec l’État et a permis l’installation de 70 paysans. Une expérience originale qui propose un modèle alternatif à la
sacro-sainte propriété privée : la gestion collective des terres.
Le plus frappant sans doute est de voir le chemin parcouru en moins d’un demi-siècle. Dans les années 70, le Larzac était une des régions de France les plus défavorisées. La
majorité des fermes n’avaient ni eau, ni électricité, ni a fortiori de téléphone et les routes étaient le plus souvent des chemins boueux impraticables l’hiver.
Aujourd’hui, alors que l’on assiste à une disparition programmée des petites fermes sur l’ensemble de l’hexagone, le Larzac s’est remarquablement développé pour devenir un terroir sinon prospère,
du moins viable. Le “sang frais” importé pendant les années de lutte
y est évidemment pour beaucoup.
Bousculant les méthodes traditionnelles des anciens, les néo-ruraux sont parvenus, au fil des ans, à mettre sur pied une agriculture paysanne, basée sur le respect de
l’environnement et la solidarité.
Malgré tout, les revenus restent modestes, aux alentours du SMIC, et la grande majorité ne pourrait survivre sans les aides de la
Politique agricole commune (PAC).
L’élevage des ovins, chèvres et surtout brebis, y est prédominant.
Les exploitations, le plus souvent familiales, restent de taille modeste, ce qui, pour les éleveurs, est le garant d’une agriculture de qualité. Les bêtes lâchées à l’année sur les parcours,
assurent l’entretien des paysages. Les salles de traites, les fromageries sont toutes aux normes européennes.
Pour être plus proches des consommateurs et éviter les intermédiaires, les paysans du Larzac développent également des systèmes de vente directe, proposant leurs produits sur
les marchés locaux et dans des magasins coopératifs qu’ils gèrent collectivement.
Même si le modèle larzacien n’est pas nécessairement reproductible tel quel en d’autres lieux, il nous semble riche d’enseignements pour tous les agriculteurs, non seulement en
France mais à travers l’Europe, qui luttent aujourd’hui pour la survie d’une agriculture à l’échelle humaine, soucieuse de la qualité de ses produits et respectueuse de
l’environnement.
Distribution : Les Films du Paradoxe , Tél.:01 46 49 33 33 - Fax:01 46 49 32 23 , films.paradoxe@wanadoo.fr
Produit par CAURI Films, avec le soutien de la Commission Européenne, la Direction Générale de l’Agriculture et du Développement Durable, avec l’aide de la Région Languedoc
Roussillon