Trois vers de terre pour un verre d’eau propre !
Pour la première fois en Europe, une station d’épuration traite ses eaux usées avec un système de filtrage qui fonctionne avec… des vers de terre.
Aux portes de l’agglomération de Montpellier, le village de Combaillaux offre un cadre bucolique à ses
1.400 habitants et entend bien le conserver. Un choix politique affiché, où lotissements, zones commerciales et reconversion des terres agricoles ne sont pas au programme...
Ainsi en 2004, le maire de Combaillaux accueille avec enthousiasme le projet porté par un laboratoire de recherche de l’Inra de Montpellier et soutenu par le Conseil général,
l’Europe et l’Agence de l’Eau [1] : implanter sur une zone humide protégée une station expérimentale d’épuration des eaux usées avec un
lombrifiltre.
Une première en Europe en grandeur nature.
Ce projet permet à la commune une gestion autonome, évite de se relier « au tuyau à la mer » proposé par l’Agglomération et apporte une solution au
système ancien qui avait atteint sa limite (saturation des sols, écoulements nauséabonds, pollution des cours d’eau).
Le choix de Combaillaux n’est pas anodin : pour ce procédé de filtrage, il importe d’avoir une commune «propre», c’est-à-dire sans industries ou activités très polluantes raccordées au réseau domestique, afin que la toxicité des eaux usées soit faible (teneur en
mercure, cuivre, arsenic). Ensuite, le principe est simple, efficace et écolo. Il consiste à utiliser les propriétés de digesteur et de laboureur des lombriciens, autrement dits des vers de
terre.
Le ver de terre ? Eh oui, ce petit animal rustique n’est pas seulement l’ami des jardiniers. Très adaptables à différents milieux, à la reproduction très rapide, les lombriciens représentent 80 %
de la biomasse animale sur la terre. Sur une prairie d’un hectare, on n’en dénombre pas loin d’une tonne, ce qui permet au sol de recevoir 2 000 kg d’azote.
Mais comment fonctionne ce lombrifiltre ? Concrètement, tout se passe dans une cuve de 12 m de diamètre composée de couches de gravier, lit de copeaux de bois et écorce de pins, arrosée par un
asperseur tournant, où 25 000 Eisenia andrei [2] par m² font leur travail à moins de 20 cm de la surface. Grâce à leur appétit féroce, ils digèrent la matière organique et dégradent intégralement
les effluents avec les enzymes secrétées par leur tube digestif.
En mangeant ce substrat, ils creusent des kilomètres de micro-galeries qui apportent l’oxygène indispensable aux bactéries qui collaborent à l’épuration. La synergie lombricien-bactérie permet un
rendement épurateur élevé et limite la taille de la station : un m² de cuve seulement pour quatre habitants. A la sortie ? Pas de boues mais seulement des crottes de vers, des tortillons de terre
et de l’eau quasi potable.
Résultat : plus besoin de lit bactérien grand producteur de boues ni de lagunage, dévoreur d’espace. Dans le système classique, on lave l’eau mais on salit la terre ! Les boues résiduelles sont
pour un quart incinérées, pour un autre quart mises en décharge et la moitié restante est transportée et épandue sur les terres agricoles. Or si ces boues contiennent effectivement carbone,
phosphore et azote, elles ne représentent lors de l’épandage qu’une très faible part des apports en engrais. Aujourd’hui, ce système est en déclin en France où les paysans refusent de plus en
plus ces produits sur lesquels ils n’ont pas de contrôle. Certains pays de l’Union européenne en ont même interdit l’usage dans les sols.
Face à l’obligation réglementaire pour les communes de choisir un système d’épuration et au relèvement des normes environnementales, il devient donc urgent de chercher des solutions alternatives.
Le lombrifiltre est une expérimentation économiquement compétitive et techniquement fiable. Tout comme se développe aujourd’hui les filtres de roseaux plantés.
L’autre enjeu de Combaillaux est de responsabiliser ses habitants : chaque année l’ensemble des écoles visite la station et les plus jeunes sont devenus de véritables ambassadeurs des bonnes
pratiques : consommer moins, fermer son robinet, récupérer l’eau douce, éviter tous rejets toxiques... Et l’expérimentation se poursuit, avec la mise au point d’un lombrifiltre « génération 2 »
et l’essaimage du procédé au niveau européen.
Nathalie Colin, Transrural Initiatives n°371, 2 décembre 2008
[1]
http://www.recyclaqua.agropolis.fr/dossier_presse/lom02.html
[2] Espèce de lombricien utilisée à Combaillaux. Il existe 3500 espèces dans le monde et 150 en France. Chaque groupe à des caractéristiques spécifiques.
Info venant de Ruralinfo, le 8 janvier 2009 : http://www.ruralinfos.org/spip.php?article2663
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