Les AMAP tentent de gérer leur succès
en Ile-de-France
Dans la région Ile-de-France, les Amap connaissent un tel boom
que l’offre ne peut plus répondre à la demande.
Les Amap (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), partenariat de proximité entre un groupe de consommateurs et un producteur, fondé généralement sur un
système de livraison de paniers payés par avance, ne peuvent plus répondre à leur succès en Ile-de-France. Dans cette région, l’aventure commence en 2003, à Pantin (93), avec un jeune
ingénieur agronome, Nicolas Laurent, qui, inspiré par les premières Amap créées dans le Sud de la France, décide d’impulser une dynamique similaire.
Le nombre de créations se multipliant, il a été nécessaire d’accompagner, d’encadrer, de structurer et de soutenir la création des Amap à travers un réseau régional chargé de garantir la charte
des Amap. Aujourd’hui, le succès est toujours au rendez-vous, puisque l’on compte entre 100 et 120 Amap en Ile-de-France, dont une soixantaine est adhérente au réseau des Amap régional
d’Ile-de-France pour 42 producteurs adhérents.
Les consommateurs attendent désormais des produits frais de qualité, à des prix abordables, et la venue dans une Amap, même si elle se fait parfois par curiosité, est souvent vécue comme un acte
militant (refus de la mal bouffe, vente sans intermédiaire...). Mais tout cela à un prix : la patience. En effet, chaque Amap a une liste d’attente au moins équivalente au
nombre d’inscrits, et certaines, déjà constituées, ont bien du mal à trouver un producteur. Aujourd’hui, la seule réponse possible pour le producteur est de fournir des paniers moins garnis, et
pour les « consomm’acteurs » de prendre leur mal en patience.
Le principe fait des émules et il n’est pas rare que les Amap se trouvent dans des situations incongrues : « la distribution de paniers attire souvent badauds et autres bobos, flairant la bonne
odeur (et affaire !) de produits frais, dégainent alors leur chéquier, voulant eux aussi profiter de l’aubaine. Peine perdue, ils repartent bredouilles et souvent déconcertés qu’on leur refuse un
panier et qu’on leur annonce que la liste d’attente est déjà pleine à craquer », déclare Laurent Marbot, administrateur des Amap d’Ile-de-France.
L’explosion de la demande, la
constitution de nombreuses AMAP, les sollicitations multiples ne sont toujours évidentes à gérer pour une association régionale relativement récente qui pourrait être tentée de vouloir
répondre à toutes les demandes rapidement en s’affranchissant de certains éléments de sa charte. Mais une attention particulière est accordée pour que l’intégration d’un producteur dans le réseau
ne se fasse pas à n’importe quel prix. « On peut être un producteur conventionnel et entrer dans le réseau des Amap. Mais le producteur aura alors un laps de temps de 2 à 3 ans pour ne plus
utiliser de produits chimiques, voire être dans une dynamique de conversion en agriculture biologique », explique encore Laurent Marbot.
L’un des principaux problèmes rencontrés en Ile-de-France, et notamment à Paris, reste la question du local. Il n’est pas rare qu’un producteur se trouve dans un rayon de 50 à 100
km du lieu de livraison des paniers (jusqu’en Picardie pour certains producteurs), du fait de la pression foncière qui sévit dans la mégalopole. Pour les producteurs, il est donc primordial
d’être sur le lieu de distribution des produits pour discuter et échanger avec les « Amapiens », sur les produits, les difficultés, comment la récolte s’annonce, les enjeux d’une agriculture de
proximité, etc. La question du foncier (spéculation foncière, étalement urbain) pose un véritable problème aux jeunes maraîchers et autres producteurs cherchant à
s’installer, repoussant les exploitations toujours plus loin. Parallèlement le nombre de maraîchers de la région ne cesse de décroître (on en compte moins de 300 et, pour beaucoup, l’exploitant
arrivera à la retraite dans les années à venir).
Alors quelle solution ? Des réflexions sont en cours dans le réseau, et plusieurs partenariats portent leurs fruits, notamment sur l’accès collectif au foncier (avec les acteurs de
l’économie sociale et solidaire), ou encore avec la possibilité de créer un lieu au cœur de la ceinture verte favorisant le test d’activité agricole.
article de Vincent Favrelière, dans Transrural Initiatives, n°354, 25 mars 2008
http://www.ruralinfos.org/spip.php?article2548
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