Territoires ruraux :
le triomphe de l'urbanité et ses conséquences
La 45e Salon de l'agriculture fin février à Paris a été l'occasion pour les citadins de (re)découvrir la campagne. Pourtant, ce sont
bien les campagnes qui vont devoir s'adapter aux modes de vie urbains...
Voici, réalisé à cette occasion un interview de Bertrand Hervieu, par localtis.
Bertrand Hervieu est secrétaire général du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM) et auteur
des "Orphelins de l'exode rural : essai sur l'agriculture et les campagnes du XXIe siècle" (L'Aube), analyse les transformations en
cours dans les territoires ruraux.
Quels sont les principaux mouvements observés dans les territoires ruraux ?
Bertrand Hervieu : A partir des années 1860 et pendant plus de 120 ans, la France a connu un exode rural continu. Cet exode a cessé autour des
années 1980 avec un mouvement très massif de populations qui sont venues s'installer à la campagne. Aujourd'hui, près de 23 millions de personnes vivent dans des communes rurales avec
quatre grands ensembles d'espaces ruraux : le périurbain, à la couronne des grandes villes, la rurbanisation, à une trentaine
de kilomètres des métropoles régionales, voire une centaine pour Paris, les "bourgs-centres", qui voient leur population largement augmenter ces derniers temps, et enfin, seul
ensemble au solde migratoire négatif, le rural profond.
Quelles sont les conséquences de ces mouvements ?
Il s'agit d'un véritable changement identitaire : ces nouvelles populations viennent dans les campagnes pour y habiter et non pour y travailler, et
aspirent à un mode de vie plus paisible intégrant tous les services et équipements de la grande ville : crèches, maisons pour adolescents, services pour les
personnes âgées, routes, assainissement, etc. C'est un énorme changement à terme. Les campagnes françaises assistent au triomphe de l'urbanité. Les gens vivent à la
campagne sur un mode de vie urbain.
Et quelles sont les conséquences pour les collectivités territoriales ?
La grande nouveauté pour ces collectivités, c'est que la fonction résidentielle l'emporte sur la fonction de production. On attend
d'elles une approche urbaine en termes de gestion et la mise en place des équipements nécessaires. Le deuxième problème, probablement plus complexe, que doivent traiter les collectivités
correspond à la tension qui risque de surgir entre ces populations nouvellement installées et les populations de souche, dont les
agriculteurs, qui peuvent avoir le sentiment d'être dépossédées de leur culture locale et abandonnées par les pouvoirs locaux. De leur côté, les agriculteurs
sont habitués à être minoritaires dans leur métier (ils représentent 3,5% de la population active seulement). Maintenant, il faut qu'ils s'habituent à être minoritaires chez eux...
Propos recueillis par Emilie Zapalski
publié le 22 février 2008 par localtis de la CDC - http://www.localtis.info
Si cela vous intéresse, Biplan peut vouc ommuniquer une synthése du rapport: « Structuration de l’espace rural : une approche par les bassins de vie »
INSEE (avec la participation de IFEN, INRA, SCEES) pour la DATAR - Juillet 2003, synthèse centrée sur le rural, en 4 pages, ainsi que un autre 4 page de synthèse de"La prospective
territoriale. Pour quoi faire ? Comment faire ?" LIPSOR (DIACT) Déc.2006. Cahier du LIPSOR.
demander par mail à Odile Plan -BIPLAN : biplan46@wanadoo.fr,
pour dédut avril