Insertion par l'économique :
des structures encore mal adaptées au monde rural
Martine Calvo est rapporteur du groupe territorialisation au sein du Conseil national de l’insertion par l’activité économique
présidé par Claude Alphandéry. Elle fait le point sur une étude -action portant sur l’insertion par l’activité économique (IAE) en milieu rural, dont les
conclusions seront présentées en mars 2008 dans le cadre du Grenelle de l’Insertion.
Comment vos travaux s’inscrivent-t-ils dans le Grenelle de l’insertion ?
En 2007, dans le cadre du programme de travail du Conseil national de l’insertion par l’activité économique, la mise en œuvre d’une étude à été confiée à l’association nationale du
réseau Chantier – école qui s’est associée aux réseaux et professionnels des entreprises sociales intervenant en milieu rural.
Souhaitant une restitution large de nos travaux, il nous a semblé opportun d’inscrire notre dernière phase de travail dans Le Grenelle de l’Insertion. Elargi à un
ensemble de partenaires intervenant en milieu rural, un séminaire se tiendra le 23 avril dans le cadre du Grenelle. Ce sera l’occasion au travers d’un partage et d’une
valorisation d’expériences exemplaires conduites sur les territoires que soient prises en compte par les partenaires et les politiques publiques, les caractéristiques
spécifiques de l’offre d’insertion en milieu rural.
Quels sont les premiers constats qui ressortent de votre étude ?
L’offre d’insertion est très inégalement répartie entre les territoires ruraux et urbains. Les territoires ruraux sont très peu pourvus du fait que les publics potentiels sont
dispersés, les promoteurs d’entreprise plus enclins à s’implanter près des pôles économiques. Les 500 structures répertoriées dans les villes de moins de 2 000 habitants adhérentes aux réseaux de
l’IAE couvrent le nord de la France, l’Ouest et l’Est du pays. Le reste du territoire est dépourvu.
Il faut savoir qu’il existe un clivage entre l’offre d’IAE en milieu rural et celle en milieu urbain. Les structures d’insertion ont été créées en fonction d’un « modèle ville »
qui n’est pas toujours adapté au milieu rural. Il faut qu’un bon nombre de paramètres comme la mixité des publics, le niveau de chiffre d’affaire à
réaliser, la mesure de la performance de la SIAE (structure d’insertion par l’activité économique) au travers de son taux de remise à l’emploi et
l’accueil des publics soit pris en compte et pondéré suivant les diversités territoriales. Cette bonne appréhension du territoire doit se jouer dans les conseils départementaux
de l’IAE (CDIAE) pilotés par l’Etat et les Conseils généraux qui bénéficient depuis un an d’un plan de redynamisation. Certains d’entre eux tels la Gironde ont pris des mesures
particulières en direction de l’offre en milieu rural.
A quelles difficultés sont confrontées l’implantation ou le développement des SIAE ?
Elles sont variées ; la mobilité des personnes, le non accès à l’offre de formation, à un logement, à un foncier dont le coût est trop élevé, un
environnement économique appauvri. Des expériences réussies montrent que les SIAE ont appris au fil du temps à s’adapter, gérer des modes d’intervention basés sur la
mutualisation de moyens. Des formes de coopérations partenariales permettent de réduire des coûts, partager des compétences…
Si les SIAE sont des outils au service de l’insertion des personnes qu’elles salarient, elles se révèlent aujourd’hui être des acteurs à part entière du développement
économique local et sont prêtes à communiquer et échanger leur savoir–faire lors du séminaire du 23 avril.
interview réalisé par Carole Aîch-Soussan pour Les cahiers de la compétitivité- Le Monde- du 28 février 2008, Spécial
Agriculture et enjeux - Agence Média Thème-