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8 janvier 2015 4 08 /01 /janvier /2015 10:30
Madeleine Hersant        François LilleMadeleine Hersant        François Lille

Madeleine Hersant François Lille

Une approche plus solidaire du care :

Une chance pour l’égalité femmes hommes dans l’ESS

Les mouvements de libération des femmes libèrent l’initiative sociale féminine qui, brisant ses enfermements, enclenche des processus profitant en retour à toute la société. Ce sont en effet des chemins pour revaloriser ou inventer une gestion collective responsable et durable des biens publics et communs, du local au mondial, de la nature originelle aux inventions humaines les plus spécifiques, en passant par la monnaie et la diffusion des savoirs. Mais ils butent sans cesse sur l’obstacle majeur de la prégnance du patriarcat.

De nombreuses initiatives de femmes émergent dans le domaine de l’Economie sociale et solidaire, mais elles ont du mal à être reconnues et à se développer alors qu’elles tissent de nouvelles manières de faire et préfigurent une autre société. Elles sont soucieuses de l’intérêt général et répondent souvent à des besoins sociaux ou sociétaux peu ou mal couverts et en cela rejoignent la question des communs ou du commun et sa critique d’un système capitaliste uniquement centré sur la propriété. De nombreuses initiatives existent dans les services et croisent la problématique du « care »: garde d’enfants, services collectifs d’intérêt général comme restauration, solderie, laverie. Elles permettent au collectif qui les initie d’utiliser de manière dynamique leurs connaissances et compétences.

Ces initiatives féminines ont du mal à se faire reconnaître dans un milieu largement masculin où les rapports au pouvoir sont constants. Beaucoup d’hommes cumulent des fonctions de présidents d’association, de responsables de mutuelle et vivent mal l’arrivée de femmes dans leurs territoires protégés. Les traditions patriarcales sont présentes dans ce milieu et l’égalité femmes hommes devient un enjeu majeur pour renouveler les formes démocratiques et développer de nouvelles pratiques plus démocratiques.

Actuellement, l’ESS demeure un milieu fermé et parfois corporatiste qui ne veut pas nécessairement remettre en cause le fonctionnement démocratique réel ; l’ESS se réfère souvent à ses valeurs même si ses pratiques sont souvent en contradiction avec ces valeurs. La loi de l’ESS a introduit, à l ‘initiative des députés, la notion de parité, étape nécessaire pour l’égalité, dans différentes instances. C’est un travail qui a été mené par le collectif femmes ESS.

Ces nouvelles pratiques réinterrogent le couple « pouvoir savoir » et les rapports de pouvoir classiques. Dans ces initiatives, il ne s’agit pas de prendre le pouvoir aux hommes mais de se battre pour une autre société où les rapports sont plus égalitaires. Les femmes veulent souvent changer la vie quotidienne ici et maintenant et c’est pourquoi elles se lancent dans l’aventure de la création d’activité. Nous pensons aux collectifs de femmes issues des quartiers populaires qui créent des restaurants ou des services traiteurs qui leurs permettent à la fois de répondre à un besoin peu ou mal couvert, de créer leur emploi et de jouer un rôle important de cohésion sociale. Ces initiatives de femmes sont importantes car elles traduisent d’autres manières de faire, d’autres formes d’organisation plus démocratiques, plus égalitaires et plus collectives.

Dans les activités que nous accompagnons, les femmes souhaitent travailler et diriger leur activité différemment. Les femmes avec lesquelles nous travaillons sont en général issues des quartiers populaires et elles doivent souvent faire la preuve de leurs capacités car la confiance ne leur est pas donnée a priori. Elles veulent souvent une responsabilité collégiale et développer une certaine polyvalence dans les tâches ; ceci leur permet de tenir compte des contraintes qu’elles subissent et d’y répondre. Quand une femme a un problème de garde d’enfant, le collectif décisionnaire en tient compte et répartit le travail en fonction de cette donnée. C’est la polyvalence qui permet cette orientation. Mais elles se heurtent à de nombreuses difficultés et sont condamnées à expérimenter en permanence alors qu’elles ont fait la preuve de leurs possibilités. Nous pensons au restaurant « le Flamboyant » qui a fonctionné plus de vingt ans sur le quartier du Plateau Rouher à Creil et a permis à 6 femmes de différentes nationalités d’avoir un emploi sur le quartier et de jouer un rôle important de dynamiseur social. Les femmes de l’association Femmes sans frontières voulaient une formation qui les outille et leur permette de gérer une activité économique en les faisant monter en compétence. Aujourd’hui c’est toujours aussi difficile de faire reconnaître ces créations d’activités solidaires et de réunir toutes les conditions nécessaires à leur réalisation. Nous avons mis plus de quatre années pour obtenir un local adapté pour monter le restaurant de l’association CIP20(citoyennes interculturelles de Paris 20)sur le quartier Belleville Amandiers à Paris alors que le collectif de femmes était contraint de refuser des prestations faute de local pour préparer les plats. Les partenaires font du coup par coup et il est complexe de monter un dispositif expérimental de longue durée. Pourtant, toutes ces initiatives favorisent une plus grande démocratie et un autre rapport au pouvoir et permettent à des personnes éloignées de l’emploi de trouver une place sociale. Ce sont le plus souvent des démarches citoyennes où les personnes veulent être utiles à la société ; c’est pourquoi la question des communs et des biens inaliénables est importante.

Mais la faible visibilité de ces pratiques innovantes, entravées ou ignorées par le patriarcat dominant, ne leur permet pas de se multiplier par l’exemple, de se fédérer au besoin en d’autres domaines. Il manque peut-être aussi des problématiques communes, et généralisables. La vision nouvelle du « care » est-elle de celles là ?

Le care… Mot valise sans équivalent francophone, mais quel contenu ! Le soin, l’attention, le souci, la précaution… Et la vulnérabilité. Une publication récente de Joan Tronto, référence majeure en la matière, en donne une définition à la fois succincte et la plus large possible[1], que nous n’essaierons pas de résumer ici. Disons seulement qu’à l’idée initiale de soin aux personnes vulnérables, qui crée des catégories d’assistés, Joan Tronto rajoute l’idée forte que tout être humain est vulnérable – et la dignité s’en trouve restaurée ! Et les sociétés humaines le sont aussi, et leurs milieux de vie, et le care s’étend à l’écologie actuelle et au souci des générations futures, du village à la planète. Ainsi les « communs » prennent leur vraie grandeur.

Nos exemples, si modestes soient-ils, permettent de valoriser le souci de produire en commun du commun, dans le respect égalitaire des travailleur(e)s et de ses bénéficiaires, non pas comme traitement obligé du care, mais à privilégier, ne serait-ce que pour qu’il existe.

La philosophie du care est de source féministe, et ce n’est pas par hasard ! Parce que le care a été historiquement le lot invisible des femmes, et secondement des catégories déclassées, racialisées, migrantes, précarisées. Leur commune libération des patriarcats passe par là, et l’espoir de tout le monde se ressource dans cette action. Dans le temps même où le patriarcat, forme récurrente dans la diversité des civilisations, entraîne dans la mondialisation la destruction des biens communs, le combat des femmes pour l’égalité peut et doit en devenir l’antidote principal. La philosophie du care, en se politisant, donne l’idée d’un pôle possible de fédération d’une organisation mondiale des biens publics, expression concrète du droit universel des peuples et des gens à l’usage de ces biens communs.

Ce combat ne pourra qu’être long, même si ce n’est qu’un bref instant à l’aune de l’enracinement multimillénaire du patriarcat, mais le temps presse ! L’exemple de la parité est celui d’un moyen, d’une étape imparfaite mais nécessaire et immédiatement accessible. Et il y en a d’autres !

Madeleine Hersent

François Lille

1er septembre 2014

* Joan Tronto, Le risque ou le care, PUF 2012

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